La Semaine du Son 2024 ‐ ICE (In Case of Emergency) 

La Semaine du Son 2024 ‐ ICE (In Case of Emergency) 

Depuis 2011, La Semaine du Son propose dans différents lieux partenaires d’abord à Bruxelles (cette année, du 22 au 28 janvier) mais aussi en Flandre et en Wallonie (du 29 janvier au 4 février), un large panel d’activités et de projets autour du son dans ses différents aspects et problématiques contemporaines. Il s’agit de «  sensibiliser tous les acteurs de la société à l’importance d’un bon environnement sonore ». Cette année encore, le programme couvre un large spectre d’esthétiques et de pratiques audiophiles.

Stéphanie Laforce ‐ Éolien-Sonore ‐ Océan Magnétique © D.R.

Toujours portée par l’association Halolalune, cette quatorzième édition de la Semaine du Son (enfant indépendant de la Semaine du Son française, réseau national – devenu international – créé en 2004 et aujourd’hui reconnu par l’UNESCO) est cette fois thématique et s’intitule ICE (In Case of Emergency) : « le thème ICE, expliquent les organisateurs, allie son et écologie, et porte plus spécifiquement, sur le potentiel du son à ouvrir un champ de réflexion et de sentiments autour des sujets liés aux changements et défis sociaux. Le son, en relation avec son environnement, est ici utilisé comme un moyen puissant de réveiller nos sens et de nous faire prendre conscience des possibilités dont nous disposons en tant qu’êtres humains. Apprendre à écouter et essayer de comprendre ce qui nous entoure, ce qui est différent de nous est essentiel au sein d’une société, et la création sonore peut nous aider à approcher de manière sensible des processus de changements sociaux, climatiques et environnementaux. »

Dans ce programme généreux, épinglons une exposition à La Vallée avec diverses installations sonores qui explore la relation entre l’humain et le monde (le climat). Parmi celles-ci, « (s)no(w)borders » d’Anne Penders à l’origine réalisée à partir de paroles qu’elle a récoltées entre la Chine et la Belgique en 2006 sur le thème de la neige et aujourd’hui revisitée et accompagnée de courts films muets. Cette artiste pluridisciplinaire bruxelloise, dont on se réjouit du retour public, propose aussi un atelier intitulé « Il neige encore (des souvenirs) » interrogeant notre perception sur ce phénomène. Félix Blume dont l’écoute et l’enregistrement de terrain sont au centre de sa pratique nomade, installe son « Essaim » fait de 250 petits haut-parleurs reproduisant chacun le son d’une abeille en plein vol. Également adapté du « field recording », Peter Caeldries propose avec « Vatnajökull to Eqip Sermia » une composition basée sur des enregistrements (avec notamment des hydrophones destinés à être utilisés sous l’eau) de terrains glaciaires réalisés au Groenland et dans la lagune islandaise. Nous retrouvons également la plasticienne/performeuse Gwendoline Robin dans une traversée aussi paysagiste que sonore avec également une projection vidéo matiériste, mais aussi le créateur sonore Raymond Delepierre avec « It’s not just in your mind, it’s a reality » (créé l’année dernière au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris) qui nous transporte dans un univers sonique modulé par la forme voluptueuse de son diffuseur acoustique monumental (un manche à air de bateau recouvert de feuilles d’or), et nous renvoie à l’intimité d’une voix automatique qui nous invite avec son « silencio » à un moment de pause et à ressentir le temps entre les mots/sons.

Kaja Farzsky ‐ The Mathematics of Resonant Bodies © D.R.

Dans le bel écrin art nouveau du Musée des Instruments de Musique (MIMM), Sara Maino présente l’installation collective et participative « Satellite liquide (Langage et mémoire de la glace) » avec les voix des citoyens de Bruxelles interprétant les sons produits par la fonte des glaciers du Trentin (ici considéré comme une langue en voie de disparition) mélangés aux sons des fontaines de la ville. Une performance participative (« Onomatopées glaciaires ») est aussi prévue dans l’espace d’exposition, dans laquelle l’artiste transcode le son archivé de la fonte des glaciers en onomatopées. Quant au dispositif « Verre » d’Inge van den Kroonenberg, il se compose de transducteurs sonores disposés sur de grandes fenêtres en verre stimulant la surface vitrée avec des sons de glace brisée. La compositrice/sound designeuse a enregistré ces sons dans la réserve naturelle de Bourgoyen-Ossemeersen (en périphérie gantoise) lorsque les températures descendaient en dessous du point de congélation.

À la bibliothèque de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, on retrouve la compositrice Stéphanie Laforce avec « Éolien-Sonore ‐ Océan Magnétique », une harpe éolienne (initialement créée avec le concepteur numérique Olivier Meunier) qui sert ici d’interprète aux harmonies naturelles et propose à l’auditeur/visiteur de se « brancher » sur des sons naturels pris sur l’île de Fuerteventura (Espagne).

Guillaume Cazalet ‐ Tectonique Chthonienne © D.R.

Plusieurs événements complètent ce programme avec des conférences (« Santé auditive et divertissement » par la chirurgienne de l’oreille Marie-Paule Till et l’ingénieur du son et professeur à l’INSAS Daniel Léon ou encore « L’écoute phénoménologique et corporelle dans l’expérience et la perception audiovisuelles » par Martine Huvenne qui s’intéresse à la perspective du film en tant que composition audiovisuelle), des ateliers (sur la mesure des niveaux sonores des concerts en Région Bruxelles-Capitale par Philippe Ohsé, co-fondateur de la Semaine du son belge et co-créateur du Label 90 dB, et Michel Coquette, ingénieur du son et enseignant ou encore la « Radio Arbres » conçue par la médiatrice Elsa Marchand Cormery, la réalisatrice sonore Louise Devillard, et la danseuse acrobate Justine Grange pour éveiller les enfants de 6 à 12 ans à l’écoute des sons des arbres en ville), et bien sûr, des performances et des concerts.

Amelia Nanni ‐ Noise Variations © D.R.

Parmi ceux-ci, relevons pour la soirée d’ouverture au Botanique, le duo de la bassiste expérimentale virtuose Farida Amadou originaire de Liège (qui donnera aussi un atelier d’improvisation tout public) et la pianiste d’origine polonaise Marta Warelis, la Croate Kaja Farszky interprétant « The Mathematics of Resonant Bodies » du compositeur nord-américain John Luther Adams, pièce mêlant électronique et percussions dans laquelle le public peut se déplacer librement, le compositeur de musique électroacoustique Dimitri Coppe avec « Ami silencieux ‐ Stiller Freund », dans un traitement sensoriel des mots, des voix et des langues mises en miroir, Guillaume Cazalet (fondateur des combos métal expé Neptunian Maximalism et Zaäar) avec sa « Tectonique chthonienne » et ses mondes audio primitifs dans une approche très physique, Arthur Lacomme dans ses manipulations sonores sur vélo ou encore les « Noise Variations » de Amelia Nanni (jeune cinéaste et artiste drag franco-italienne), Clovis Tisserand (ingénieur du son, field recordiste) et Ugo Nanni (chercheur en glaciologie et sismologie de l’Université́ d’Oslo,) un voyage sonore et musical à l’écoute des glaciers (une inspiration qui revient chez plusieurs artistes sélectionnés pour cette édition « ICE ») au cœur de l’Arctique et de nos imaginaires, avec le concours du pianiste/compositeur Giovanni Di Dominico (collaborateur entre autres de Jim O’Rourke et d’ Arve Henriksen) et de la créatrice sonore Pak Yan Lau.

Patrick Afchain © D.R.

Après Bruxelles, la Semaine du Son sera aussi présente, dans une moindre mesure, en Wallonie (Charleroi avec un programme de sessions d’écoute et d’enregistrement, de performances et de concerts, Philippeville avec l’octuor vocal Laus Æterna, une traversée de divers paysages sonores avec des chants grégoriens, hassidiques ou japonais, madrigaux… avec, en deuxième partie de concert, Patrick Afchain pour une immersion dans les sons harmoniques avec ses gongs, bols tibétains et instruments monocordes) et en Flandre (Anvers avec des sessions d’écoute, ateliers pour enfants et projections, et Gand avec « The Circle of Grieving Voice(s) » de Hoda Siahtiri conviant à une pratique vocale collective du deuil, pour laquelle cette artiste multidisciplinaire accompagne les participants dans un voyage à la recherche de leur voix de deuil à travers des exercices vocaux et des mouvements corporels).

Une « invita-son » à la fois engagée, ouverte et accessible à tous les publics (toutes les activités sont gratuites), pour une écoute diversifiée et affinée !

Du 22 au 28 janvier 2024 à Bruxelles.
Du 29 janvier au 4 février en Wallonie et en Flandre.

Renseignements : www.lasemaineduson.be

Philippe Franck