Aleph Quintet : la suite dans les idées et le dialogue

Aleph Quintet : la suite dans les idées et le dialogue

Aleph Quintet © Robert Hansenne

Je réalise cette interview, en parallèle de l’analyse du second album « Hiwar » (qui signifie en arabe : « dialogue »), du projet Aleph Quintet, au sein duquel on retrouve Akram Ben Romdhane (oud) et Théo Zipper (basse électrique). Pour être complet, sont également présents pour ce concept, Wajdi Riahi (piano), Marvin Burlas (violon) et Diogo Alexandre (batterie).

Akram Ben Romdhane © Robert Hansenne

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Akram Ben Romdhane : Tout commence au départ d’un voisinage avec le violoniste Marvin Burlas, un échange entre nous deux entre Paris et Bruxelles, une envie de connaître l’autre à travers nos instruments respectifs. Le souhait d’approfondir ma maîtrise du violon a fait aussi partie du processus de rapprochement entre nous. L’oud étant resté au départ à Paris, on a finalement décidé de jouer ensemble sur notre instrument de prédilection. De fil en aiguille, le groupe s’est formé : Marvin connaît Théo (Zipper), je connais Wajdi (Riahi), la rencontre avec le batteur Diogo (Alexandre) l’année dernière à Bruxelles a fait le reste.

Manifestement, le titre de votre second album n’a pas été choisi par hasard, pouvez-vous m’en dire quelques mots ?

Théo Zipper : Ce titre n’a pas été choisi au départ, en fait. A force de répétitions des compositions, une image nous est apparue. L’identité de chacun des musiciens se reflétait à travers un miroir, dans un processus de continuité du travail d’écriture et de composition, comme une sorte de transversalité, chacun se réfléchissant à l’autre. Le travail de chacun, et le travail de tous, ne faisant plus qu’un… aller l’un vers l’autre.

Y-a-t-il une dimension philosophique derrière ce titre et le contenu de ce disque ?

A.R. : Oui, une notion humaniste du dialogue, celle d’aller vers l’autre…

«Avant d’être artiste, on est humain, donc l’actualité nous transperce.» Akram Ben Romdhane

L’actualité internationale a-t-elle exercé une influence sur vos compositions, sur le thème de l’album ?

A.R. : L’artiste est quelqu’un de sensible à l’actualité, certaines compositions sont inscrites en parallèle de l’actualité. Avant d’être artiste, on est humain, donc l’actualité nous transperce. On apporte humblement la vision de l’artiste.

T.Z. : On ne peut plus ignorer l’actualité, via des écrans, les images sont disponibles à tous.

Quel est l’univers de chaque musicien ? Quelles sont vos références en matière de musique ?

A.R. : Chaque musicien a ses propres influences… mais le principe est d’écrire quelque chose de personnel à notre projet, chacun est libre, et le processus découle d’une osmose entre nous tous.

T.Z. : En fait, ce sont cinq identités qui effectuent des virages à 360°.

On sent beaucoup de finesse dans le jeu des instruments, est-ce voulu ?

A.R. : On cherche à affiner le travail, surtout les arrangements comme dans la musique classique ou la musique de chambre. Dans le jazz aussi, mais il y a également des moments plus bruts, plus énergiques.

Theo Zipper © Robert Hansenne

«A force de jouer notre premier disque sur scène, nous nous sommes ouverts à un univers plus expérimental.» Théo Zipper

On perçoit aussi une alchimie entre un jeu délicat, comme pour le piano, et des développés plus techniques au oud et à la batterie, cet amalgame fait-il partie de la marque de fabrique du groupe ?

A.R. : c’est exactement cette alchimie que l’on recherche.

On perçoit aussi des passages plus expérimentaux, poussez-vous les limites jusqu’à la musique ou le jazz d’avant-garde ?

A.R. : Dans l’improvisation, il n’y a pas ou peu de limites, pour aller au bout de l’expression musicale.

T.Z. : Sur la notion d’avant-garde, on décèle à travers ce second disque le langage propre à la musique contemporaine, et celui du free-jazz. C’est à nouveau une rencontre, on navigue en zigzag. Le premier disque était moins expérimental, mais à force de le jouer sur scène, nous nous sommes ouverts à un univers plus vaste… ce qui a certainement conditionné la conception de ce second album.

Qui compose ? Composez-vous tous ensemble ?

A.R. : Ce qui compte, c’est l’impulsion, il y a trois impulseurs (Akram, Wajdi, Théo – NDLR), on amène des idées… un cadre. Chaque musicien absorbe le travail des autres pour concevoir un travail de groupe. D’un point de départ, on s’ouvre à toutes les possibilités, on se perd puis on se retrouve.

A nouveau, une histoire de dialogue, finalement le fil conducteur de cet album qui porte bien son nom !

Aleph Quintet
Hiwar
Igloo Records

Propos recueillis par Philippe Thirionet