Phil Haynes : Return to Electric

Phil Haynes : Return to Electric

Corner Store Jazz

Phil Haynes nous apporte un éclairage original sur le contexte de son album : « Au cours de mes années de formation où j’écoutais des disques et des émissions de radio, pendant que je m’entraînais, dans les années 60 et 70, ainsi qu’à l’université au début des années 80, j’ai baigné dans les sons de guitare électrique emblématiques de B.B King, Jimi Hendrix, du British Invasion, des opéras rock de Broadway et des grands noms du jazz, de Wes à Jim Hall, en passant par John Abercrombie, John McLaughlin et bien d’autres encore. En fait, avant que je ne rencontre le trompettiste novateur Paul Smoker, le guitariste Stephen Blackman (de Portland, dans l’Oregon) m’a pris sous son aile alors que j’étais toujours au lycée. Il était de 7 ans mon aîné et engageait régulièrement des musiciens plus chevronnés pour se joindre à nous lors des concerts de jazz en petits groupes, voire même pour des représentations de théâtre musical. Stephen Blackman m’a fait découvrir la Mecque locale des disques d’occasion (Django’s), mais également la vie nocturne musicale de PDX ainsi que de nombreux restaurants bon marché mais savoureux, sans oublier les musées régionaux, etc. Et tout cela sur une bande sonore de Miles, ‘Trane, Mahavishnu, DeJohnette … Des artistes que je n’avais jamais entendus. Bref, une éducation réellement électrisante ! » Les premières notes de « Crystal Silence » sont pleinement acoustiques. Le bassiste Drew Gress s’empare de l’espace sonore avec de multiples cordes vibrantes. L’accent est mis sur le flux mélodique. Ensuite, l’oreille de l’auditeur est attirée par le vrombissement des cordes de guitare, en partie dans le phrasé de ce que le bassiste nous laisse entendre. Parfois, les sons semblent si cristallins, si fragiles. Mais cela ne correspondrait-il pas au titre de la chanson ? Et après une courte pause, Phil Haynes entre en scène et fait virevolter les cymbales de la batterie. Sur les premières notes de « Spectrum », nous découvrons le jeu de guitare nerveux et tourbillonnant de Steve Salerno. Des colonnes sonores se dressent et disparaissent aussitôt. Les séquences de la guitare nous font penser à un sprinter qui franchit à toute vitesse les innombrables marches d’un escalier. Le batteur, quant à lui, déverse un véritable amas de tôles sur les auditeurs. Cette entame, très rythmée, laisse ensuite place à une phase de sonorités plus douces au cours de laquelle les musiciens semblent tester les sons et les rejeter. Mais cette période de réflexion est très éphémère. Subitement, un enfer sonore se propage dans lequel le guitariste, en particulier, joue un rôle prépondérant. Sur le morceau suivant, intitulé « Living Time » notre trio place clairement les guitares au centre de l’action. Des morceaux de Allman Brothers, Deep Purple ou Ten Years After auraient-ils été coupés et remixés ? On pourrait se poser la question. Il est frappant de constater que ce morceau est relativement court, lui aussi, et qu’il ne comporte pas d’interventions solistes ou de solos tournants. D’une certaine manière, la musique ressemble à des chansons de pop/rock. Dans le morceau suivant « Spell », on peut apprécier un long solo de basse, joué apparemment sur une basse acoustique. Le morceau « Electric » semble réservé à la guitare, même si des percussions rotatives s’unissent aux riffs de guitare que nous entendons. « Eclipse » nous présente un jeu de batterie endiablé ainsi que des séquences de guitare étouffées. Le « duo » se transforme ensuite en un solo dans lequel les baguettes de Phil Haynes s’acharnent sur les peaux et parfois aussi sur les cymbales. Le guitariste, quant à lui, intervient brièvement et distille des accords bien placés. Le batteur ne se laisse pas impressionner, même lorsque le guitariste fait hurler sa guitare et semble gravir une « échelle céleste » du son. Ici et là, le hard-rock pointe le bout de son nez. Et puis, tel le phénix, le bassiste renaît de ses cendres. Chaque

son de corde posé s’éteint avant que les doigts ne saisissent les cordes suivantes. En arrière-plan, on perçoit un effet wah-wah produit par le guitariste. Celui-ci prend ensuite la direction musicale vers la fin du morceau avec une voix marquante et de longues notes tirées. Au début de « Lotus on Irish Springs », les trois musiciens s’alignent dans un jeu retenu et des bruits de cuivres. La basse capte toute l’attention, tandis que le guitariste tisse des fils sonores. Les tic-tic brefs du batteur croisent les douces esquisses du guitariste au jeu très lyrique. Des grattements obliques et cliquetants accompagnent une basse barrée… Tel est le ressenti sur les premières notes de « Paraphernalia ». Puis, c’est le rock dans toute sa splendeur, dur dans les rythmes, effervescent. Alvin Lee et Jeff Beck auraient certainement savouré ces séquences de guitare.

Une collaboration Jazz’halo / JazzMania

Ferdinand Dupuis-Panther – Traduction libre : Alain Graff