
Gary Brunton, Daniel Beaussier, Célestine de Williencourt : Look North
Les albums précédents du contrebassiste britannique Gary Brunton, basé en France depuis 1989, nous ont appris qu’il aimait les voyages, que ses goûts musicaux sont éclectiques et qu’il n’hésite pas à changer de format en fonction de ce qu’il veut exprimer. Ce nouvel album confirme tout ça avec une approche cette fois totalement renouvelée. C’est en effet en trio qu’il revient, mais un trio peu conventionnel puisqu’il inclut, aux côtés du bassiste, Célestine De Williencourt qui se partage entre le chant et la flûte et Daniel Beaussier, multi-instrumentiste dont l’arsenal comprend des saxophones Soprano et baryton, une clarinette, une clarinette Basse, une flûte alto, un hautbois et même un cor anglais. Il est peut-être bon de préciser que Brunton et Beaussier maîtrisent les subtilités de la « musique classique » : le premier a joué de la contrebasse dans un orchestre symphonique et le second est initialement de formation classique. Pas de surprise donc si le résultat de leur rencontre est une musique de chambre moderne et expressive. Comme le titre de l’album l’annonce et ceux des morceaux le confirment, le cap est au Nord : l’Islande, les châteaux écossais, Lindisfarne, le cercle polaire… sont l’occasion de miniatures poétiques, évocatrices de froids et beaux paysages. Mais on trouve aussi quelques incursions plus à l’Est avec « Raga for My Lady » et « Taj Mahal Gardens » ou des hommages personnels plus intimes comme « A Shrine in Your Home » dédié à la mémoire du pianiste de jazz français Michel Graillier avec qui Gary Brunton s’était lié d’amitié après son arrivée en France.
Les vocalises de Célestine de Williencourt sonnent comme un instrument à part entière, dialoguant à part égale avec les deux autres musiciens (écoutez-là entre autres sur « Skogafoss ») mais il lui arrive aussi de chanter des paroles en anglais (« A Shrine In Your Home ») ou en français (« Islande en vue », « La berceuse de l’heur »). Et quand elle ne chante pas, elle entrelace sa flûte à l’un des nombreux autres instruments joués par son complice Daniel Beaussier. Par certains côtés, ce disque m’évoque l’esprit de certaines productions ECM comme « Starflowers » de Sinikka Langeland, « Conference Of The Birds » du Dave Holland Quartet ou « Pasado en Claro » d’Anders Jormin avec Lena Willemark. On y trouve la même habileté à mêler les contrastes tandis que les compositions mélodiques sont interprétées de manière vibrante par un groupe de musiciens libres dans leur tête.