
Bruno Tomasello : La terra è pesant
Un jour, l’année dernière, au début du printemps, Bruno Tomasello investit l’église San Sebastiano del Monte dei Morti à Salerne. Ce n’est pas la Cathédrale, ni même une basilique remarquable de la ville, juste une petite église du quartier historique. Il y rentre accompagné de son seul saxophone. Un sax contralto. Un public l’attend. Il s’exécute. Six pièces. Six morceaux titrés et tirés d’un poème de Leonardo Gallato, compositeur, poète et musicien sicilien contemporain. Une petite quarantaine de minutes à peine. Le concert s’inscrit dans le cadre du festival « iMorticelli – Punto di Comunità » organisé par l’association Blam. Difficile, à la simple écoute du disque, d’estimer la jauge de l’audience. Elle est de toute évidence attentive, semble absorbée par la présence prégnante de Tomasello. Son jeu est à la fois alerte et enveloppé d’une grâce indicible. Il utilise les muscles de sa mâchoire et de ses lèvres (la technique dite du « lips muting ») pour créer un effet staccato qui maintient une continuité. Une légère réverbération naturelle donne un relief à ses phrases. Elles ne se perdent jamais en circonvolutions inutiles. Elles vont, disent, chantent l’essentiel. Il ne faut pas trop dévoiler cet enregistrement au risque de le déflorer. Il faut l’écouter tel qu’il se présente, l’oreille vierge, attentive et apaisée. Tout ici défie la pesanteur.