Adia Vanheerentals : Taking Place
L’invitation ne pouvait être déclinée. Relative Pitch, dont on rappelle qu’il est un des labels les plus aventureux de la scène jazz établi à New York, donne carte blanche à la saxophoniste belge Adia Vanheerentals pour présenter un album en solo. Hésitante au début, craignant de ne pas trouver d’amateur à ses improvisations, elle transforme le défi en acte de création. Non pas en recourant à l’appui d’un autre musicien ou artiste mais en jouant avec le lieu, en l’incorporant à sa démarche. Le lieu comme creuset de résonance, d’ambiance. Les premières secondes nous plongent dans une atmosphère urbaine. On perçoit le tumulte étouffé du trafic alors qu’au loin on croit deviner la sonnerie d’un tram qui s’annonce. Peut-être est-on à Anvers, la ville d’origine d’Adia ? Sur « Henhouse », on se trouve à proximité immédiate d’un poulailler, ça glousse, ça codache. Avec « Koekje », on se retrouve immergé dans une atmosphère bucolique – que renforce l’ambiance printanière (le disque a été enregistré en avril) – où des chants d’oiseaux disputent aux clameurs d’enfants. « Stream » a éventuellement été capté en dessous d’une éolienne tant le flux continu recèle une énergie immense, tandis que « Running » semble avoir été saisi le long d’un cours d’eau. Mais le plus important ne réside pas dans ces artéfacts sonores. Il tient dans le jeu superbement maîtrisé d’Adia. Elle explore tous les recoins de son saxophone soprano pour en faire ressortir la quintessence sans jamais surjouer ou survoler. Elle est, littéralement, dans son instrument. Elle y prend place. Comme elle prend place dans les lieux qui l’accompagnent au cours de cette intime excursion. Un voyage qui nous transporte quelque part entre Steve Lacy et Luc Ferrari.
