Wajdi Riahi : l’année Wajdi !

Carte blanche à Wajdi Riahi au Brussels Jazz Festival (Flagey). Une rencontre avec le pianiste s’imposait.
Comment est arrivée cette invitation pour une carte blanche à Flagey ?
Wajdi Riahi : L’invitation, elle est venue de Maarten (Van Rousselt – NDLR), de la direction de Flagey. C’était aussi via Pamela Malempré, qui fait le management de mes groupes.
« Je voulais essayer de nouvelles choses que je n’avais jamais eu l’occasion de tenter. »
As-tu eu tout à fait les mains libres pour choisir ton programme ?
W.R. : C’était vraiment une carte blanche, c’est-à-dire que quand j’ai accepté, je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Ce qui était sûr, c’est que je voulais essayer des nouvelles choses que je n’avais jamais eu l’occasion de tenter, parce que ce genre d’invitation offre le cadre parfait pour ce genre de trucs.
Il y a une formation internationale avec le sax-ténor canadien Seamus Blake, et un musicien avec lequel tu as déjà joué : Robert Jukic en trio et en quartet. C’est le musicien qui t’est venu à l’idée dès le départ pour ce projet ?
W.R. : Oui, j’ai vite pensé à Robert, parce que j’ai passé beaucoup de temps avec lui, et j’ai beaucoup joué avec lui dernièrement. Et pour moi, c’était clair qu’il en serait. Mais pour les autres musiciens, Seamus et Kweku, je n’étais pas très sûr, parce que ce sont des musiciens qui sont beaucoup à l’étranger. Dans mes recherches, j’ai vu que Seamus a habité à Paris, il y a enregistré un disque avec des musiciens parisiens.
Le troisième élément est moins connu.
W.R. : Kweko Sumbry est un super musicien qui m’a beaucoup inspiré. J’ai beaucoup écouté la musique d’Emmanuel Wilkins, un jeune saxophoniste américain, et Kweko joue dans son quartet, il est le batteur principal de ce groupe-là. Et pour moi, c’est quelqu’un qui a beaucoup de potentiel, c’est-à-dire que ce n’est pas juste un batteur. Kweko, c’est quelqu’un qui a des origines africaines, et du coup, il est très lié à la communauté africaine des Etats-Unis, qui a une culture des percussions très ancrée. Pour moi, je l’imaginais dans ce projet parce que ça donne une autre couleur à la batterie quand c’est quelqu’un qui sait jouer les percussions. Dernièrement, il était en train de faire une tournée avec Charles Lloyd. Je le suis depuis un moment.
Et le programme que tu vas jouer avec eux, c’est essentiellement un programme que tu as préparé ?
W.R. : Oui, en fait, pour ce quartet, c’est un répertoire que j’ai écrit dernièrement pour cette occasion-là. Peut-être va-t-on jouer un ou deux morceaux qui existent déjà.
« Bien sûr, je leur ai envoyé les morceaux par mail. Mais c’est juste de l’encre sur du papier, ça ne veut rien dire. »
Vous avez quelques jours pour mettre tout en place ? Ou ça se fait déjà par internet sans doute aussi ?
W.R. : Bien sûr, je leur ai envoyé les morceaux par mail, mais c’est juste de l’encre sur du papier, donc ça ne veut rien dire. Mais on aura un jour de répétition avant le concert.
Le 21, tu as un autre projet, qui te tient sûrement aussi beaucoup à cœur, avec ton trio, Jean-Paul Estiévenart, et un quartet de violoncelles, avec Adèle Viret, dont tu es très proche depuis les « Medinea Sessions ». Elle te paraissait indispensable à ce projet ?
W.R. : Oui, j’ai tout de suite pensé à Adèle, mais puisque mon contact, c’était via le Philharmonic de Bruxelles, ça voulait dire que la section de cellos, devait être choisie parmi les violoncellistes du Philharmonic de Bruxelles. J’ai discuté avec Karl (Steylaerts – NDLR), qui est le premier violoncelliste de cet orchestre, car c’est lui qui devait trouver l’équipe avec laquelle on allait jouer. Et à un certain moment, on a parlé d’Adèle Viret, qu’il connaît. Mais Adèle ne fait pas partie de l’orchestre. Il m’a dit que ça pouvait être une très chouette idée de l’inviter, j’étais super content.

Et là, le programme va aussi être entièrement un programme que tu as composé pour l’occasion ?
W.R. : Tout à fait. Ce groupe-là est formé autour de mon trio de base, c’est-à-dire avec Basile Rahola à la contrebasse, et Pierre Hurty à la batterie. J’ai pensé à une forme un peu plus large de ce trio : j’ai vite imaginé une trompette, donc j’ai pensé à Jean-Paul. Et à un quatuor à cordes, mais j’avais un autre son de quatuor à cordes qui résonnait un peu dans ma tête : j’ai essayé quelque part d’éviter les hautes fréquences, c’est-à-dire les violons. Donc j’ai vite pensé à une forme de quatuor juste avec des violoncelles, ce qui ajoute encore quelques contraintes, parce que c’est un instrument qui est assez unique en termes de tessiture, c’est un instrument qui peut aller très bas dans les fréquences, mais aussi ça peut aller très haut. Donc, comment arriver à ouvrir ce genre d’écriture, comment arriver à ouvrir les tessitures ? C’est un chouette exercice que je n’avais jamais fait.
Les « Medinea Sessions », c’est quelque chose qui t’a marqué : est-ce que la musique de ce projet à Flagey a été influencée par cette expérience ?
W.R. : Oui, parce que c’était une expérience très forte… C’était touchant parce que pour le concert qu’on a fait à Aix-en-Provence, c’était l’orchestre de Medinea avec Fabrizio Cassol. C’était un process unique dans la manière d’évoluer, parce que tout le monde participait aux compositions, ce qui donne un son très unique à ce groupe-là. Donc oui, ça m’a beaucoup influencé. Medinea, c’est l’une des expériences qui me donnait un exemple d’un son qui n’existe pas. C’est très nourrissant.
« Quand j’entends Jean-Paul Estiévenart jouer, je me dis que j’aimerais bien jouer comme ça dans dix ans ! »
Et puis, il y a Jean-Paul Estiévenart. Qu’est-ce qui a fait que tu l’as choisi ? Tu voulais un trompettiste ?
W.R. : J’ai pensé à Jean-Paul parce que j’ai eu l’occasion de jouer un tout petit peu avec lui, et je me retrouve un peu dans ce qu’il fait. C’est-à-dire que quand j’entends Jean-Paul jouer, je me dis : ah, j’aimerais bien jouer comme ça dans dix ans ! J’ai beaucoup de respect pour lui.

Enfin, il y a la partie solo qui va venir s’insérer entre les deux concerts, une respiration entre ces deux projets tout à fait nouveaux. Comment vas-tu aborder le solo ? Tu as déjà des compositions, un programme ?
W.R. : J’ai beaucoup réfléchi parce que j’ai commencé à jouer un peu en solo récemment. C’est une formule que je n’aimais pas. Pour moi, c’était juste une manière de m’amuser autour des choses qui me plaisent, tout ce qui est les standards de jazz. Ça, j’aime bien jouer en solo, un peu la musique classique aussi, la musique baroque, Bach. Et j’aime bien improviser autour. Jouer en solo, c’est vraiment très lié à l’amusement. Je ne pense pas que je suis un super compositeur de piano solo. Je peux avoir des idées pour composer pour plusieurs personnes dans un groupe, mais en solo, je trouve toujours que je n’arrive pas à avoir une direction claire pour composer. Donc je préfère rester avec ce qui m’amuse et ce qui me rend heureux.
Le Brussels Jazz Festival 2026 a lieu du 15 au 24 janvier. Infos : flagey.be
Wajdi Riahi joue le 16 avec le quartet international, le 18 en solo, et le 21 en trio Braas & Bow.
Wajdi Riahi Trio
Zabonprés Sessions
Flak Records
