Pierre Dørge : Songs for Mbizo – Johnny Lives Forever

Pierre Dørge : Songs for Mbizo – Johnny Lives Forever

SteepleChase / Xango Music

Le guitariste danois Pierre Dørge peut se prévaloir d’une discographie conséquente qui s’accroît régulièrement depuis la fin des années 70. Avec ce dernier album, il a décidé de rendre hommage au bassiste sud-africain Johnny “Mbizo” Dyani, pionnier du jazz dans son pays, alors sous le régime de l’Apartheid qu’il dut fuir en 1964. Après avoir tourné avec le quartet de Steve Lacy et joué un peu partout en Europe, Dyani s’est finalement posé au début des années 70 à Copenhague où il s’est rapidement intégré à la scène jazz locale, enregistrant avec des musiciens de passage comme Abdullah Ibrahim, Chris McGregor ou David Murray. On retiendra entre autres une rareté, « Songs for Mbizo », réalisé en 1976 avec le percussionniste et pianiste belge Chris Joris, et qui a été réédité récemment par Jazz’Halo. Se souvenant de l’impact que le Sud-Africain exerça sur son approche de la musique, le guitariste s’est associé au cornettiste Kirk Knuffke, au bassiste Thommy Andersson et au batteur Martin Andersen pour revisiter quelques compositions de Johnny Dyani.

Les quatre premiers morceaux constituent, dans l’ordre, l’intégralité de l’album « Song for Biko » enregistré en 1978 par Johnny Dyani en compagnie d’un autre cornettiste célèbre : Don Cherry. La musique est libre, ébouriffante, teintée à l’occasion de sonorités et de rythmes sud-africains, et fait la part belle aux improvisations débridées. Les contrepoints entre le cornet et la guitare sont enflammés et témoignent bien de l’enthousiasme et de l’énergie qui ont prévalu pendant ces sessions. L’émotion émerge aussi ici et là comme sur « Song for Biko » dédié à la célèbre figure emblématique de la lutte anti-apartheid. Les quatre morceaux suivants comprennent quelques blues propices aux envolées instrumentales comme « Blues for Bra Dick » où le lancinant « Embrace » et sa guitare toutes en arabesques expressives. L’album se referme sur une seconde version plus retenue de « Song for Biko » qui met en évidence le rôle innovant de la rythmique et résonne in fine comme un hommage solennel à la fois au grand militant noir et à Johnny Dyani.

Pierre Dulieu