Wajdi Riahi au Brussels Jazz Festival
Après Casimir Liberski et Bram De Looze, c’est la passe de trois pour la carte blanche du festival avec cette année Wajdi Riahi. Salle quasi comble pour l’entrée d’un quartet inédit que le pianiste nous a présenté lors de son interview dans nos pages : Seamus Blake, sax-ténor et EWI, Robert Jukic à la contrebasse et Kweku Sumbry à la batterie – à lire ici jazzmania.be
La sauce prend dès les premières notes, l’aisance du pianiste semble donner des ailes à ses partenaires, principalement à Blake auteur d’entrée d’un solo hautement dynamique. Wajdi, dans un premier commentaire, nous dit que ce concert est un rêve devenu réalité : ce sera le titre de sa composition suivante mêlant romantisme passionné et fulgurance d’un sax et d’une batterie libérés. Sans transition Wajdi enchaîne sur un de ses thèmes de prédilection du moment, « Adèle », inspiré par la violoncelliste, qui contraste par sa douceur, le velouté du pianiste y est saisissant. Retour à la réalité sombre du moment avec « Monsters are Everywhere » avant un « Recyclage » qui voit le pianiste teinter de notes électriques son chant envoûtant. Salle debout et rappel avec un standard, « All or Nothing at All », introduit de main de maître par un batteur révélation de la soirée.

Audience aussi importante pour le très attendu solo du dimanche en début de soirée. Quelques mots pour dire combien le pianiste est heureux de jouer dans ce magnifique écrin, puis la magie s’opère dès les premières notes. Une longue suite inspirée par un Prélude de Bach, toucher fragile, tout en souplesse où vient s’incruster « Round Midnight », démonté certes, mais avec une ligne mélodique claire et sans fioriture, l’essence du clavier. Sur un même schéma avec toujours Bach comme prétexte, le tempo bouge sur la citation de « Giant Steps » avec toujours ce même souci de mélodie et de lisibilité. Repris de l’album « Essia », « Nawres a été écrit pour la sœur du pianiste : les clochettes attachées à la cheville apportent un élément percussif coloré et discret, le chant du piano, émouvant et aérien, est doublé par un sifflement tendre et délicieusement fragile, un superbe moment d’émotion. Wajdi Riahi reviendra pour un bis bien dans l’esprit de l’ensemble du récital : tendre et mélodique.

Pour le troisième volet de la carte blanche, c’est le trio du pianiste qui montait sur scène, celui qu’il a formé depuis le départ et le concours de jeunes talents du Festival de Dinant : Basile Rahola à la contrebasse et Pierre Hurty à la batterie. Pour le premier thème « Control Exploration », Wajdi a invité un musicien qu’il admire, le trompettiste Jean-Paul Estiévenart auquel il laisse une large place improvisée. Le choix du quatuor de violoncelle a été mûrement réfléchi, à la recherche de tessitures très ouvertes, et le choix du thème « Adèle » allait de soi en présence de la violoncelliste française qui s’emparait d’un magnifique solo sur le titre éponyme, alors que le quatuor nous emmenait dans des espaces sonores riches et variés. « Cease Fire » et un chant de la diva libanaise Faïrouz en hommage au peuple palestinien nous transportaient dans l’émotion, car la musique c’est aussi ça : nous emmener sur des territoires de réflexion et de combat. Le trio de base revenait pour le rappel, public debout, applaudissements enthousiastes et chaleureux, je vous le dis : on n’a pas fini de parler de ce pianiste hors normes.

