Anat Fort : The Dreamworld of Paul Motian
Sunnyside Records / Xango Music)
La pianiste israélienne Anat Fort célèbre l’héritage du batteur et compositeur américain Paul Motian avec lequel elle avait collaboré sur son premier album « A Long Story » paru chez ECM en 2007. Anat Fort a probablement été séduite par le jeu non orthodoxe, à la fois elliptique et chantant, de Motian qui, en compagnie de Bill Evans et de Scott La Faro, révolutionna l’art du trio grâce notamment aux légendaires enregistrements réalisés au Village Vanguard le 25 juin 1961. Mais au-delà du jeu de balais si caractéristique de Motian, la pianiste met aussi en avant son talent de compositeur de mélodies atypiques, colorées et non conventionnelles, qui incite à vivre sa musique comme une méditation onirique (d’où le titre de cet album : « The Dreamworld of Paul Motian »).
Onze compositions de Paul Motian, certaines connues et d’autres moins dont cinq n’ont jamais été enregistrées par le batteur lui-même, sont ici interprétées par un quartet qui, outre Anat Fort au piano, inclut le guitariste Steve Cardenas – qui a joué sur quatre albums du dédicataire –, le bassiste Gary Wang et le batteur Matt Wilson. Les mélodies ont souvent cette couleur folk typique de l’œuvre de Paul Motian, évoquant parfois un certain « americana », un style également prisé par Bill Frisell qui évoque la musique country de l’Ouest américain (« Prairie Avenue Cowboy »). D’autres pièces, comme « Mumbo Jumbo » avec sa frappe distinctive et surtout « Riff Raff », flirtent avec la dissonance, mais d’une manière subtile qui les garde accessibles à tous. D’autres encore, comme le rêveur « It Should’ve Happened a Long Time Ago» » ou « Tacho » qui est joué en piano solo, sont légères et aériennes. Et on retrouve bien sûr le formidable « Byablue », que le quartet américain de Keith Jarrett fit entrer au panthéon du jazz, ici proposé dans une version angulaire et serpentine.
Avec cet album, Anat Fort et son quartet offrent un hommage en forme d’élégie pensive et respectueuse mais aussi profonde et fertile à ce musicien-magicien non conventionnel et créateur d’ambiance que fut Paul Motian.
