Taupe : Waxing / waning

Taupe : Waxing / waning

Minority RecordS

Taupe : quel drôle de nom pour un groupe, pourquoi pas libellule ou papillon ? Je vois que vous n’avez pas compris, je recommence. Taupe est un trio établi à Glasgow. Il existe depuis bientôt quinze ans. Il réunit le guitariste/bassiste Mike Parr-Burman qui s’affaire également aux habillages électroniques, le saxophoniste (alto et baryton) Jamie Stockbridge et le batteur/percussionniste Alex Palmer. Taupe revendique sa dissonance. Taupe préconise la bataille. « Turn push kick » comme l’indique, sous forme de credo, son titre de clôture. Taupe dégomme. Il pratique une musique drue et dure qui emprunte autant au jazz libéré qu’au rock libre. Taupe cite John Zorn, Melt Banana et James Chance. Taupe parle du monde tel qu’il se profile en ce début de l’année 2026. Il met des sons sur la panique des personnes traquées par la milice de l’immigration ICE. Taupe pourrait annihiler les oreilles des fascistes. Taupe joue et frappe plus fort que sur son album précédent. Peut-être est-ce à la mesure de la colère qui devrait nous animer, nous, auditeurs, consommateurs de musique qui assistons, interdits, apathiques, à l’emprise des empires sur notre société en écoutant Spotify qui diffuse des publicités pour… ICE ? Peut-être que Taupe se revendique d’une forme de résistance, d’un refus de l’illibéralisme, d’une objection de conscience à la technocratie sans cesse plus omnipotente, d’une riposte à la polarisation montée en modèle ? Mais peut-être vais-je trop loin, prisonnier de mon propre wishful thinking, croyant déceler dans cette musique ce que je voudrais qu’elle me crie à l’oreille ?

Eric Therer