Naïssam Jalal : Landscapes of Eternity

Naïssam Jalal : Landscapes of Eternity

Les couleurs du son / L’autre distributio

« Fragilité » est sans doute le mot qui selon moi qualifie le mieux Naïssam Jalal. Sa personnalité, sa musique. Ce qui est paradoxal en fait tant on sait que la flûtiste franco-syrienne possède un caractère « bien trempé » et qu’elle propage autour d’elle une atmosphère à la fois bienveillante mais aussi revendicatrice. Alors, « authenticité » serait peut-être un autre mot approprié pour la définir. Naïssam a beaucoup de choses à nous dire. Elle l’exprime avec des mots (« D’ailleurs nous sommes d’ici », une chanson adressée à la frange populiste de l’électorat français), mais surtout en musique, avec sa flûte et avec son chant plaintif, rempli d’émotion.

Cette artiste à fleur de peau ne cache pas ses sentiments, son mal-être, sa colère parfois. Durant les années les plus perturbées de son existence, Naïssam a entamé en solitaire des voyages en Inde. Elle y a étudié la musique Hindustani, rencontré des musiciens et appris à se plier au lâcher-prise. Deux ans après nous avoir offert les magnifiques « Healing Rituals », premiers pas vers le mieux-être, et un an après avoir partagé ses « souffles » en duos (Archie Shepp, Emile Parisien…), la flûtiste nous revient la tête et les bras chargés des souvenirs de son voyage. Comme elle l’exprime longuement et joliment dans le livret qui accompagne l’album, il ne s’agissait pas de transposer la musique classique indienne, mais bien de se faire rencontrer les sensations vécues et la source traditionnelle qui l’a inspirée. Aux côtés de ses fidèles « frères » Zaza Desiderio (batterie) et Leonardo Montana (piano) viennent s’ajouter ici quatre musiciens qui apportent avec leurs instruments (voix, tabla, sarod et tanpura) une spiritualité forte. « Landscapes of Eternity » n’est PAS un album de fusion jazz / world de plus que vous déposeriez sur vos étagères autour de ceux que nous connaissons déjà bien (Mahavishnu Orchestra, Collin Walcott, Zakir Hussain…). Cet album est « autre chose », parfois indéfinissable, mais toujours puissant dans l’expression de son langage.

Yves Tassin