Naima Joris et le Brussels Jazz Orchestra au Grand manège (Namur 28/02/26)

L’orchestre se met en place. Une rangée de 4 trompettes et une autre de 4 trombones dans le fond. 5 saxophones à l’avant. Une contrebasse, une guitare. À gauche, Nathalie Loriers au piano. Naima Joris se place auprès d’elle devant le micro et pose son casque sur les oreilles. Avec la jeune saxophoniste Elly Brouckmans, elles sont 3 femmes et 15 autres musiciens. Où est le chef ? C’est le saxophoniste Frank Vaganée. La silhouette et la chevelure floue de Naima contrastent avec le band en costume aux gestes impeccablement synchronisés.
Après le premier morceau, Naima se présente et s’excuse presque d’être sur scène alors qu’elle mérite entièrement d’être sous les projecteurs à l’invitation du Brussels Jazz 0rchestra.
Il y a de l’ombre, du noir et de la violette dans sa voix. Une façon tellement personnelle d’étirer les sons, de les mâcher comme du chewing-gum. Sa voix coulisse sans cesse de l’ombre à la lumière, de la pure voix de tête à la voix de poitrine, tel un trombone.
En chantant, Naima porte à la lumière la part d’ombre de sa vie, elle nous fait la confidence du cancer qui a pris sa mère, sa petite sœur, ses tantes : « Et moi, j’attends ! » Dans « Quand c’est » de Stromae, la tension monte de façon dramatique avec la puissance de tout l’orchestre et les jeux de lumière quasi stroboscopiques, pour finir en sourdine au ralenti. Avec « Le Sommeil » de Barbara, elle donne corps à sa difficulté à dormir dans une version empreinte de délicatesse. La Gantoise chante aussi en anglais (entre autres Abbey Lincoln) et nous emmène en portugais dans le fado d’Amália Rodrigues (« Gaivota ») et la morna de Cesária Evora (« Sodade »)
Elle chante presque tout son répertoire les yeux fermés, dans la retenue. Et Saudade nous touche d’autant plus. « Ce que je cherche n’est pas la réputation ou l’esthétique. L’essentiel est de me connecter aux autres », me dira-t-elle après le concert. Et c’est nous qui rejoignons sa souffrance et sa nostalgie.
Si l’univers intimiste de Naima se suffit à lui-même, le dialogue entre l’orchestre et Naima nous maintient en haleine. L’orchestre apporte sur scène une multitude de variations et de surprises, solos musclés ou feutrés, formation réduite ou grande formation, pianissimo ou forte, cordes et vent… Les arrangements épurés de Pierre Drevet, Lode Mertens et Dieter Limburg laissent suffisamment de place au silence pour laisser le chant de Naima dérouler lentement la somptueuse palette de son timbre et nous faire plonger en apnée dans ses émotions. Magistral !

