Michel Mainil : Michel Herr – Intérieur Jazz
La plupart des biographies sont rédigées par des « nègres » ou des opportunistes peu scrupuleux. De temps à autre, un musicien prend lui-même la plume pour nous conter son histoire. Et puis il y a la méthode Michel Mainil : ce saxophoniste a partagé la scène et/ou le studio avec les personnages principaux de ses livres. Il nous offre le meilleur aperçu des coulisses, en quelque sorte.
Après avoir réalisé plusieurs biographies au sujet de José Bedeur, Richard Rousselet et Bruno Castellucci, Mainil consacre son dernier ouvrage au claviériste, compositeur, producteur et arrangeur Michel Herr. Il s’intitule « Intérieur Jazz – Portrait, entretiens et réflexions d’un artisan du jazz européen ». Le projet a pris forme en associant des documents d’archives à des entretiens avec Herr et à ses réflexions personnelles. Depuis les premières années, lorsque Herr et son groupe Solis Lacus ont composé et publié l’un des albums européens les plus marquants du jazz-rock, jusqu’à ses collaborations au cours des décennies suivantes avec pratiquement tout le « who’s who » du jazz international, Mainil retrace tout cela. Généralement, il suit une chronologie linéaire, mais il n’hésite pas à nous distiller, à l’occasion, plusieurs flashbacks fragmentaires à travers des citations. Les faits relatés sont presque toujours étayés par des extraits d’entretiens que l’auteur a menés avec Michel Herr. D’entrée de jeu, l’auteur dresse non seulement un portrait intéressant de l’époque, mais il nous offre également un aperçu de toute une évolution sociale. Herr s’est intéressé à la musique à l’ère pré-numérique, en empruntant des disques à la médiathèque. Vers la fin du livre, il évoque les thèmes du « streaming », des « téléchargements », de l’IA ainsi que leurs répercussions sur le monde de la musique. Pour les passionnés de « name-dropping », citons quelques noms tirés d’une liste de deux pages : Joe Lovano, Johnny Griffin, Bill Frisell, Slide Hampton, Randy Brecker, sans oublier bien sûr, Philip Catherine et Toots Thielemans. À cela s’ajoutent les big bands et les orchestres, allant du WDR Big Band, du Metropole Orchestra et du Brussels Jazz Orchestra jusqu’à I Fiamminghi, Soledad et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. Le lien entre Herr et le cinéma ainsi que les clips (publicitaires) est également mis en évidence. Dans sa jeunesse, l’artiste s’est essayé à la réalisation de courts-métrages. Une attention toute particulière est accordée à « Just Friends », le film culte belge mettant en vedette Josse De Pauw et dont la bande originale a été composée par Herr lui-même. Il s’est, en outre, toujours engagé en faveur des droits des musiciens belges et il a été cofondateur de « Les Lundis d’Hortense », l’association qui fête cette année son cinquantième anniversaire.
Et, en guise de conclusion, nous découvrons une discographie extrêmement détaillée. En 2011, le pianiste Ivan Paduart a rendu hommage à Herr avec un album intitulé « Herritage ». Ce titre aurait d’ailleurs pu convenir à ce livre. L’histoire de Herr, quant à elle, ne s’arrête pas là. Il compose encore à plein régime aujourd’hui !
Michel Mainil
Michel Herr – Intérieur Jazz
ISBN : 9 782960 409703
240 pages
Commandes : michel.mainil@gmail.com
Une collaboration Jazz’halo / JazzMania
![]()
