Fred Frith : sur les chemins de traverse

Fred Frith : sur les chemins de traverse

Fred Frith © Palma Fiacco

Est-il encore nécessaire de présenter Fred Frith ?
Peut-être que, pour certains, après tout…
Donc :

Né le 17 février 1949 dans la petite ville de Heathfield dans le Sussex de l’Est – à 60.9 miles de Trafalgar Square si l’on emprunte la A21 vers le nord – Fred Frith est aujourd’hui considéré comme un des précurseurs de la « guitare préparée ». Mais pas que ça, bien entendu : multi-instrumentiste, il joue tout aussi bien de la basse, du violon, des claviers ou encore du xylophone.

Il est également, avec le batteur Chris Cutler, à l’origine du mouvement musical « Rock in opposition » dans les années 70, mouvement qui avait pour but de transformer la manière de concevoir et pratiquer l’écoute musicale, et, principalement, de marquer leur opposition à l’industrie du disque qui, à cette époque, refusait de produire de tels groupes.

Le 12 mars 1978, à l’initiative de Nick Hobbs, membre du collectif Henry Cow en tant qu’administrateur – devenu par la suite le chanteur des Shrubs, groupe dont j’ai eu l’occasion d’organiser un concert à Liège en 1988 – le festival « Rock in opposition » a vu le jour au New London Theatre. Les groupes qui s’y sont produits venaient d’un peu partout en Europe : Henry Cow, bien entendu, le groupe italien Stormy Six, Samla Mammas Mannavenus de Suède, Etron Fou Leloublan (France) et nos compatriotes d’Univers Zero. Le slogan qui définissait le festival était : « La musique que les maisons de disques ne veulent pas que vous entendiez ».

Mais je m’égare, là… Comme à mon habitude.

Parti pour New York en 1979 comme il l’expliquera dans ses réponses (interview sur le site), il a eu là une influence prépondérante en tant que musicien.

Plus tard, il enseignera pendant 20 ans au Mills College d’Oakland (Californie), haut lieu de la musique expérimentale américaine.

Fred Frith participe à plus de 400 albums. Certains avancent même 600. Ce qui n’est pas peu dire. Et parmi toutes ces participations, on retrouve un paquet de beau monde. Jugez plutôt :

Derek Bailey, Michael Beinhorn, Martin Bisi, Anthony Braxton, Peter Brötzmann, Eugene Chadbourne, Tom Cora, Lindsay Cooper, Lol Coxhill, Chris Cutler, Ivor Cutler (qui n’est pas le frère du précédent), Brian Eno, Tim Hodgkinson, Henry Kaiser, Bill Laswell, René Lussier, Fred Maher, Christian Marclay, Phil Minton, Ikue Mori, Butch Morris, Kazuyuki K.Null, Jim O’Rourke, Bob Ostertag, Zeena Parkins, Robert Quine, Hans Reichel, Sato Michihiro, Sonny Sharrock, Richard Thompson, Robert Wyatt, John Zorn…

Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg, que j’ai listée par ordre alphabétique de peur d’égratigner quelques susceptibilités…

Il a aussi fondé, cofondé et été invité à participer à de nombreux groupes : Henry Cow, Skeleton Crew, Aksak Maboul, Art Bears, Keep The Dog, Massacre, Fred Frith Guitar Quartet, Death Ambient, Cosa Brava, Etron Fou Leloublan, Naked City, Material, The Residents, Swans, The Muffins, Half Japanese, Negativland, The Golden Palominos, Violent Femmes et bien d’autres encore.

Mais là, je n’ai pas eu la patience de les reclasser alphabétiquement…

On le retrouve aussi aux côtés de musiciens classiques comme Katia Labèque pour ne citer qu’elle, et de nombreux orchestres interprètent ses œuvres : le BBC Scottish Symphony Orchestra, le Rova Saxophone Quartet, le Concerto Köln, l’Eclipse Quartet…

Il a également beaucoup composé pour la danse tout au long de son parcours musical, ainsi que pour le cinéma.

Il est lauréat du prix italien Demetrio Stratos, prix dédié à la musique expérimentale, pour l’ensemble de son œuvre. Il est également docteur honoris causa de l’Université de Huddersfield (Yorkshire).

Entre 1988 et 1990, Werner Penzel et Nicolas Humbert ont suivi Fred Frith un peu partout dans le monde et en ont sorti un film : « Step accross the border ». Cet excellent documentaire, aussi expérimental que la musique de Frith a été cité comme un des cent films les plus influents du XXe siècle par les Cahiers du Cinéma.

On pourrait encore parler de lui pendant des heures. Ou plutôt des pages et des pages.

N’hésitez donc pas, pour en savoir encore plus, à taper son nom dans votre moteur de recherche, car il est temps, maintenant, de lui donner la parole.

Sur ce, bonjour chez vous !

Fred Frith – Mariá Portugal
Matter
Intakt

Une bonne partie de la discographie actuelle de Fred Frith se trouve sur le label Intakt

Jean-Pierre Devresse