Christian Vander Quartet : Concert Rennes 2002
Il est l’homme, le batteur qui a fondé Magma en 1969. Un groupe de jazz, de jazz fusion, de rock progressif qui s’est inventé son propre langage (le kobaïen) et qui est devenu mythique au fil des années, des concerts. Un groupe à la géométrie variable puisqu’au fil des ans on dénombre environ 150 musiciens qui se sont succédé en son sein. Amoureux du jazz et plus particulièrement de la musique de John Coltrane, Christian Vander mènera diverses créations en dehors de Magma. Des formations jazz, sous son nom, en trio, quartet, quintet mais aussi l’Alien Quartet, Offering, Les Voix de Magma. Mais ses projets furent tellement nombreux qu’il n’est pas possible de tout vous énumérer ici. Avec cet album live, surgit d’un peu de nulle part, on retrouve un quartet vraiment époustouflant. Autour de la batterie de Christian Vander, nous serons en présence et écouterons Eric Prost (saxophones ténor et soprano), Emmanuel Borghi (piano) et Emmanuel Grimonprez (contrebasse). Quant au voyage musical, il va s’articuler autour du maître Coltrane. Le concert démarre avec deux « chansons » que Coltrane s’appropriera en les allongeant pour en faire des standards du jazz. « My Favourite Things » est un titre issu de la comédie musicale The Sound Of Music et la chanson « I Want To Talk About You » est de la plume de Billy Eckstine. Place ensuite à quatre compositions de John Coltrane : « Transition », « Equinox », « Impressions » et « Crescent ». Et pendant plus d’une heure, c’est réellement l’univers de Coltrane qui est évoqué, qui est joué. Mais avec quelle maîtrise, quelle classe ! Quatre magnifiques musiciens essentiellement dévoués au jazz de l’illustre saxophoniste. Un hommage respectueux où chacun semble se mettre au service de la composition sans vouloir se mettre réellement en évidence. La seule exception notoire sera le solo de batterie relativement long et retenu de Christian Vander sur « Impressions », mais comme il le dit lui-même « je sais comment placer ma colonne, j’ai compris qu’il ne fallait pas frapper mais poser ». Et c’est ce que semble faire chaque instrumentiste : placer les notes avec efficacité et tout en retenue, avec une juste dynamique. Tout s’écoule comme une longue étreinte, entre ardeur et douceur. Les interventions du saxophoniste sont lumineuses, sensibles. Le pianiste swingue avec grâce, légèreté, fluidité. La basse déroule ses notes graves en soutien et la batterie se satisfait d’un accompagnement discret, efficace mais évidemment essentiel. Du grand art au service d’une musique relativement unique, dense, mais qui sait aussi se faire caressante, chaleureuse comme sur les magnifiques « Equinox » et « Crescent ». Léger bémol, signalé sur le livret, l’absence de quelques instants sonores que l’enregistrement n’a pas su retenir. En début et en fin de concert, mais c’est vraiment insignifiant par rapport à la qualité de l’ensemble. De quoi me faire encore un peu plus regretter de n’être pas parvenu à joindre Christian Vander pour un entretien.
