Olivier Laisney : Spectrum of Rebellion
Lorsque nous l’avions interrogé il y a un peu plus d’un an (https://jazzmania.be/alexandre-herer-les-douze-coups-donze-heures-onze/), Alexandre Herer, l’instigateur de la structure Onze Heures Onze, nous avait révélé que les signatures de son label devaient répondre à une condition fondamentale : s’inscrire dans le cadre d’un « jazz créatif ». Tel un ingénieur civil insatiable, il ajoutait vouloir construire des ponts entre les genres. Ainsi prédisait-il l’avenir du jazz : une énorme fusion de cette musique et de son passé historique avec l’électronique, les musiques du monde, le hip-hop… C’est ce dernier crossover qui nous conduit aujourd’hui à « Spectrum of Rebellion », ce que je pense être le tout premier album du trompettiste Olivier Laisney en tant que leader. Auparavant, nous avons relevé son nom au sein de divers combos qui gravitent autour de Onze Heures Onze : Onze Heures Onze Orchestra, Oxyd ou encore la Fanfare XP de Magic Malik.
Et donc un mélange : le jazz et le hip-hop. Un mélange de couleurs qui associent harmonieusement les improvisations musicales du jazz et les mots en arabe. Trompette et slam, on peut légitimement penser à Erik Truffaz qui avait collaboré un moment avec le slameur suisse Nya. « Spectrum of Rebellion » est né d’une rencontre semblable : celle du slameur / chanteur palestinien Osloob Abelrahman et du trompettiste français. A la puissance et aux libertés musicales répondent les mots et le chant de Osloob, traduits en français dans les notes de pochette… Ce qui n’est pas anodin. On le sait, chaque nouvelle guerre qui éclate sur notre triste planète prend l’ascendant médiatique sur les conflits précédents. Or, la souffrance palestinienne que nous décrit Osloob demeure bien évidemment toujours aussi réelle que cruelle. Porté par la personnalité forte de son conteur et par un combo qui assume son originalité, cet album s’écoute comme on regarde un documentaire édifiant : les sens écarquillés.
