Yvonne Rogers : The Button Jar

Yvonne Rogers : The Button Jar

Pyroclastic Records

Quoi de plus trivial qu’un bocal à boutons ? Celui que possédait, à l’instar de toute bonne ménagère, la mère d’Yvonne Rogers, lui servait à ranger moult objets pour ses activités artisanales domestiques. Rogers s’en saisit comme une madeleine de Proust de façon allégorique : « Je l’ai perçu comme un bocal de possibilités » indique-t-elle pour expliquer le sens du titre de son album. « The Button Jar » est son premier album en solo. L’initiative en revient à Kris Davis qui a cru en elle et qui en a assuré sa production après l’avoir longuement écoutée jouer. Quatorze miniatures pour piano le composent. Les ambiances sont plurielles, les sensibilités diverses. Alors que « Monkey’s Fist » affine ses accents swing et que « Little Dance » virevolte avec joie et allégresse, « Thread the Needle » pourrait avoir été écrit par Morton Feldman tant son alanguissement est perceptible. Ailleurs, ce sont des pièces aux motifs tantôt ludiques (« Linear Gel », « The Craft Room »), tantôt abstraits, comme la pièce éponyme, qui se déclinent. En clôture, elle se fend d’une brève mais intense improvisation à la manière d’un exercice de respiration : « Exhale ». Yvonne Rogers a grandi dans la campagne du Maine, a étudié à Bâle et vit actuellement à Brooklyn. Elle a joué avec Ingrid Laubrock et Sara Serpa pour ne citer que deux musiciennes aux démarches correspondantes. Elle fait partie de cette nouvelle génération de pianistes talentueux et aventureux au sein de laquelle on retrouve Craig Taborn, Alexander Hawkins, Sylvie Courvoisier et Kris Davis elle-même. On donnerait beaucoup pour la voir et l’entendre jouer live. A quand en Europe ?

Eric Therer