Faire de l’or avec du Vlek – Rencontre avec Thomas Van de Velde

Faire de l’or avec du Vlek – Rencontre avec Thomas Van de Velde

Thomas Van de Velde © DR Vlek

A l’automne dernier, nous nous étions rendus à la soirée du label Vlek qui, prenant prétexte de son quinzième anniversaire, avait investi les locaux du studio Ictus sis le long d’une large avenue bruxelloise, pour y présenter ses poulains. Des sets assez courts où l’on retrouvait entre autres Yannick Franck et son projet de dub dé/reconstruit Mt Gemini, le compositeur Marc Melià, l’organiste Cindy Castillo, mais aussi le talentueux violoniste d’Ictus, Igor Semenoff, interprétant pour l’occasion des parties en solo d’“Einstein on the Beach” de Philip Glass. L’album, réunissant Ictus, Suzanne Vega et le Collegium Vocale Gent, venait de sortir et s’annonçait comme une des sorties phares de cette fin de l’année 2025 (cf. chronique dans nos pages – jazzmania.be). Nous avions tenté ce soir-là d’aborder Thomas Van de Velde, un des fondateurs de la maison Vlek et son actuelle cheville ouvrière principale, pour faire causette. En vain, l’homme était affairé au four et au moulin. Nous nous sommes revus par après devant une tasse de thé, à la faveur d’un après-midi ensoleillé annonçant le printemps. Depuis lors, Vlek a réalisé deux sorties majeures : l’album de Late Bush (le projet de Pierre Dozin en collaboration ici avec Echo Collective – voir chronique jazzmania.be) et, fin juin, celui de Clara Levy et Stéphane Clor sous l’alias L’Oriole.

« Vlek a été fondé sur une idée qui était d’essayer de créer un label sérieux voué aux musiques électroniques en Belgique francophone » résume Thomas en commentant les débuts de cette aventure initiée avec deux comparses : David Maurissen et Julien Fournier. A l’origine, la première signature de Vlek a été Cupp Cave, le projet électro de François Boulanger qui joue aussi sous l’alias Ssaliva dont plusieurs réalisations seront hébergées par Vlek. Par la suite, le catalogue s’est étendu, s’est ouvert à d’autres formes de musique. « La raison d’être de Vlek, c’est de créer un écrin pour les musiques » précise Thomas en insistant sur le pluriel. Il a toujours baigné dans un univers musical : « Au cours de mes années de secondaire, dès 12 ans, je me suis occupé de la médiathèque de l’école. C’est ainsi que j’ai découvert des grandes figures du classique : Bach et son maître Buxtehude, mais aussi des plus contemporaines comme Ravel, Saint-Saëns, Messiaen… Ce fut des découvertes qui m’ont marqué et qui m’imprègnent toujours aujourd’hui. Par après, ce fut le jazz avec Coltrane, Wes Montgomery, le Miles de l’époque de « Bitches Brew »… Parallèlement, je me suis initié à la guitare et à la basse. J’ai suivi des cours de jazz en leçons particulières que j’ai arrêtés quand j’ai débuté l’université »

« En argot bruxellois, le terme « Vlek » se réfère à quelque chose de bancal… C’est de la vraie fausse modestie ! »

Thomas a ensuite travaillé à la Médiathèque, poursuivi ses études en gestion, a occupé un poste de directeur administratif attaché à la cour d’appel de Bruxelles pour ensuite s’engager pour un poste de fonctionnaire à la Région Wallonne. Un parcours qui le destinait tout naturellement à allier sa passion de la musique et l’administration d’une maison de disques constituée sous la forme d’une ASBL reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles, laquelle lui octroie un petit subside annuel… Mais pourquoi avoir choisi ce nom : Vlek ? « En néerlandais, Vlek signifie une tache mais, en argot bruxellois, le terme se réfère à quelque chose de bancal, de mauvaise qualité, quelque chose qui n’a pas de valeur (ndlr : d’où l’expression proverbiale « On ne saura jamais fair’ de l’or avec du vlek ! »). En choisissant ce nom, on a voulu jouer sur le contraire de ce que le mot signifie. C’est de la vraie fausse modestie ! »

« On a dû se professionnaliser, établir des contrats détaillés avec l’aide d’avocats ! »

A ce jour, Vlek a édité une grosse quarantaine de productions. Revenant sur « Einstein on the Beach », Thomas relate sa découverte avec l’œuvre mythique de Glass : « Ça a été comme un ovni, une porte ouverte vers les musiques électroniques ». La version entièrement revue, revisitée éditée par Vlek est l’aboutissement d’un travail de longue haleine et d’un investissement conséquent « Au départ, c’est Maxime Denuc, qui avait réalisé un disque mêlant ambient et orgue, (il a joué sur celui de Düsseldorf), qui m’a amené à Ictus. On a ensuite démarché vers Suzanne Vega et vers les détenteurs de l’œuvre de Philip Glass. Pour ce faire, on a dû se professionnaliser, établir des contrats détaillés avec l’aide d’avocats ! Cet album (ndr : un triple vinyle / double CD) nous a coûté le prix d’une voiture neuve ! Heureusement, le pressage vinyle est vite parti, de même que le premier pressage en CD. »

« Les prochains projets dans les cartons tiennent dans une nouvelle collaboration avec Ictus et l’artiste Laure Hiendl à paraître sous format vinyle. Une autre avec Tom De Cock qui avait dirigé « Einstein » pour une interprétation d’une œuvre de Steve Reich. Un disque de Cindy Castillo interprétant des duettos de Bach… C’est en principe un total de cinq disques à paraître au cours de l’année 2026 et six en 2027. » Nous suivrons de près ces sorties et nous ne manquerons pas de nous en faire l’écho dans nos pages.

Pour vous donner un aperçu des sorties récentes :

Suzanne Vega – Ictus – Collegium Vocale Gent
Einstein on the Beach
Vlek
Mt Gemini
Hak Deh Near
Vlek
Late Bush
Hoarses
Vlek
L’Oriole
L’Oriole
Vlek
Propos recueillis par Eric Therer