James Brandon Lewis Quartet : Omn

James Brandon Lewis Quartet : Omn

Intakt Records

Le saxophoniste ténor américain James Brandon Lewis est assurément une des voix majeures du jazz contemporain. Biberonné au post-bop (avec un soupçon de free) et aux grands saxophonistes de ce genre (Coltrane, Ayler, Rollins, lequel n’hésitait pas à dire tout le bien qu’il en pensait), avec des touches de gospel (son père est pasteur) et de blues, il a construit une œuvre originale qui n’hésite pas à aller voir régulièrement vers d’autres horizons (deux splendides albums de punk-jazz avec The Messthetics ou l’hommage à Mahalia Jackson avec son « For Mahalia, With Love »). Le revoici avec son quartet, son projet principal, qui sort un sixième album en six ans. On retrouve toujours à ses côtés les fidèles Aruan Ortiz au piano, Brad Jones à la contrebasse et Chad Taylor à la batterie. Cette stabilité dans le groupe permet une interaction naturelle entre les musiciens, une réactivité instinctive. Pour ce disque, le leader souligne la dimension spirituelle de sa musique avec des titres révélateurs comme « The Sermon » ou « Spirit of the Living God », avec un titre d’album (« Omni ») qui annonce trois compositions, trois attributs divins, que sont « Omnipotent » (un court solo au saxophone qui ouvre l’album), « Omniscient » (un splendide duo sax-contrebasse niché au cœur de l’œuvre) et « Omnipresent » (joué en groupe pour clore l’opus). « Testify », avec sa touche gospel prononcée, est un autre exemple de ce côté mystique. James Brandon Lewis et ses brillants comparses n’hésitent pas à nous emmener également vers des sentiers brûlants, avec une section rythmique d’enfer, avec des compositions-improvisations libertaires (toujours cet équilibre parfaitement maîtrisé entre structure et improvisation) que sont « Fire in My Bones » ou « Line Upon Line ». Voici un nouveau grand disque de James Brandon Lewis. Certains parlent de l’influence d’un John Coltrane et de son « A Love Supreme » ou d’un Archie Shepp pour son côté gospel. On peut y penser, mais, en fait, on est devant une œuvre tellement personnelle, tellement originale que ces comparaisons n’ont pas lieu d’être.


NB : En concert à l’Ancienne Belgique le 23 septembre, en duo avec Chad Taylor dans le cadre du (John) Coltrane 100.

Sergio Liberati