Amandine Habib : Tressages

Amandine Habib : Tressages

Nine Spirit / L’autre distribution

Prenez du baroque, du romantisme, un peu d’avant-garde, du jazz, des traditionnels catalans ou subsahariens et disséquez, épluchez, décortiquez. Renouez ensuite, entrelacez, rassemblez, recomposez, ajustez les couleurs et les matières.

« Tressages », le nouvel album d’Amandine Habib – pianiste de formation classique aux idées très larges – offre bien plus qu’un patchwork musical ou une « fusion jazzée ». Ce disque ne procède pas par collage, mais par entrelacement. C’est une recréation en mode « écoute et improvisation ».

Entourée, selon les morceaux, du saxophoniste Raphaël Imbert, du percussionniste Jean-Luc Di Fraya, de l’accordéoniste Théo Ould et du violoncelliste Eric-Maria Couturier, Amandine Habib nous invite à un voyage sans frontières, à la fois musical, social et engagé. Le choix du répertoire n’est pas anodin et évoque autant les luttes pour les droits civiques (« Hymn for Freedom », d’Oscar Peterson, « Sometimes I Feel Like a Motherless Child ») que l’invisibilité des femmes (en mettant en avant des compositrices oubliées comme Amy Beach, Margaret Bonds et son éblouissant et tumultueux « Troubled Water ») ou encore la Shoah (« Before the Last Journey », « My Mother Wanted to See My Wedding Day » ou « Chaconne / Why shall I go »).

Tour à tour incisifs et brutaux, lyriques et poétiques, les 18 morceaux, étalés sur plus d’une heure dix, s’enchaînent dans une poignante intensité. Le blues surgit là où on ne l’attend pas, les déchirures nous prennent par surprise (« Evil Nigger Memories »), les pulsations telluriques viennent troubler la quiétude, l’apaisement et le recueillement finissent par trouver leur chemin.

Ce « Tressages » ne devrait pas vous laisser indifférent. A écouter attentivement.

Jacques Prouvost