Too Noisy Fish : Tolstoy

Too Noisy Fish : Tolstoy

Challenge Records / New Arts International

L’art de la contradiction et la liberté des différents points de vue font, entre autres, la particularité de Too Noisy Fish, le trio formé en 2011 par Peter Vandenberghe (p), Kristof Roseeuw (cb) et Teun Verbruggen (dm). Avec ce nouvel album, le bien nommé « Tolstoy », la complicité et la complexité se marient de façon très pertinente et la référence à l’auteur russe n’est pas un hasard. Le trio joue sur les différentes lignes rythmiques et harmoniques, rien ne se développe de façon linéaire, la liberté s’oppose aux structures et rien ne se résout jamais totalement. Too Noisy Fish laisse les portes ouvertes.

A l’instar d’un roman, « Tolstoy » est chapitré. L’acte 1, découpé en trois mouvements (« Tolstoy », « Dark » et « Dance!? »), voit le trio nous emmener sur de fausses pistes. D’abord sur un tempo nerveux et obsédant, stimulé par une pointe d’électro-techno. Ensuite, il laisse le doute et le mystère s’installer (une contrebasse en tension immobile, façon cool jazz) avant d’exulter en une danse chaotique et erratique. L’acte 2, lui aussi décliné en trois parties, mêle le romantisme momentané d’un piano aussi léger que libéré (« For Francis ») avec l’explosivité haletante d’un « Juice at Five », façon course-poursuite digne d’ « À bout de souffle ». Puis le temps se suspend dans la relecture de l’introspectif « Here’s to You » (d’Ennio Morricone et Joan Baez, évoquant la funeste et injuste condamnation, aux relents xénophobes, de Sacco et Vanzetti, exécutés en 1927).

Toute cette progression en jazz aventureux, jamais tranquille, et inventif est ceinturée d’un prologue et d’un épilogue (« 4321 ») en référence au roman de Paul Auster qui, lui aussi, ouvrait la porte à de multiples réflexions. « Tolstoy » est aussi turbulent et interpellant que passionnant.

Jacques Prouvost