Ivo Perelman sous deux formules
Ivo Perelman / Matthew Shipp / William Parker / Bobby Kapp
Synesthesia
Defkaz Records
On serait bien en peine d’établir un cadastre de la discographie d’Ivo Perelman tant celle-ci est tentaculaire, multidirectionnelle. Plus de cent trente entrées répertoriées sur Discogs, mais bien plus dans la réalité si l’on tient compte de toutes ses éditions digitales. On rappelle qu’Ivo Perelman est un saxophoniste brésilien qui vit à New York depuis des années, qu’il a joué avec une kyrielle impressionnante de musiciens et de musiciennes provenant d’à peu près partout dans le monde et qu’il a pratiqué des styles musicaux variés tout en ayant creusé la veine free depuis longtemps. Ces deux nouvelles sorties illustrent, si besoin était, son insatiable envie d’aller toujours plus loin. « Synesthesia » le voit aux côtés du pianiste Matthew Shipp, du contrebassiste William Parker et du batteur Bobby Kapp. Le quartet avait déjà réalisé un premier album pour le compte de Leo Records en 2017 et un second sur ESP-Disk deux ans plus tard. C’est dire s’ils se connaissent. Quatre compositions avoisinant chacune la dizaine de minutes charpentent l’album tandis que la dernière, « One Sense », dépasse le quart d’heure. C’est sur ces longues durées que la complicité entre les musiciens trouve sa dimension pleine et jubilatoire. Shipp ne se départ jamais de ses fameux phrasés architecturaux tandis que Parker et Kapp pourvoient à une rythmique sans relâche et sans errance.
Ivo Perelman / Elliott Sharp / Cyro Baptista
Triacontagon
Defkaz Records
Avec Elliott Sharp et Cyro Baptista, Perelman avance dans le périmètre de terrains un peu moins familiers. Le premier, figure légendaire de l’avant-garde new-yorkaise et compositeur atypique, joue pour l’occasion sur une guitare électrique à huit cordes. Le second, percussionniste brésilien également, exilé à New York, officie aux percussions et aux voix. Des voix qui gargouillent, gazouillent, s’évanouissent à certains détours dans un doux brouhaha. La notice du label renvoie à l’étiquette de « surréalisme tropical ». Le libellé de plusieurs titres : « Dionysus in the Amazon », « Sacred Geometry of the Tropics », « Irregular Forms in Humid Space », autorise cette comparaison improbable. Tout est ici garanti 100% improvisé, fabriqué à l’aide de doigts et de bouches. En bref, intensément humain.
