Tom Challenger & Evan Parker : May Spring Last a Lifetime
Deux hommes sont à l’œuvre. Chacun s’est emparé d’un saxophone ténor. Ils se tiennent dans une pièce de dimension moyenne dont on ne sait au juste si elle est un studio d’enregistrement ou un local qui accueille de temps à autre de petites assemblées. L’endroit est situé à Ramsgate, sur une ancienne route militaire au bord de la Manche. Ils entament un dialogue confiné dans le secret de leur délibéré. Il en résultera ce disque. Une seule pièce de cinquante-trois minutes. Une composition complètement improvisée segmentée par des silences. Tom Challenger et Evan Parker avaient déjà joué ensemble dans le passé, d’abord en quartet au Vortex à Londres avec John Edwards et Mark Sanders, ensuite en duo au Café Oto, toujours à Londres, où ils s’étaient confrontés à un public et à ses attentes. Ici, dans l’intimité d’une douce réclusion volontaire, c’est devant les seuls microphones qu’ils ont dû rendre des comptes. Dans les notes qui accompagnent le disque, Challenger et Parker s’expliquent l’un et l’autre sur la façon dont ils ont ressenti et vécu cet exercice. Parker indique que jouer en solo est déjà en soi complexe, car la personne qui conduit le jeu peut s’avérer hésitante quant aux choix à opérer, aux décisions à prendre, voire incapable de les prendre. A deux, on ne peut se cacher, l’échange prévaut, c’est peut-être la façon la plus stimulante de jouer en groupe, suggère-t-il. Pour sa part, Challenger explique que la formule du duo l’a poussé à reconsidérer sa façon dont il écoutait. C’est lui qui s’est chargé d’éditer l’enregistrement brut, de le séquencer en sections qui, pour autant, ne constituent pas des morceaux distincts, mais plutôt des marques, des repères. Parfois, une épiphanie survient, un son miraculeux jaillit de nulle part, il ne dure qu’un moment puis disparaît. Un peu à la manière des frondaisons de mai quand, au cœur du printemps, les verts tendres s’emparent des arbres comme pour les sublimer, les magnifier le temps d’une saison qui déjà s’en va sans crier gare.