Gisela Horat : Trio Solo

Gisela Horat : Trio Solo

Unit Records

C’est sans doute la première fois que nous dévoilons le nom de Gisela Horat dans nos pages. Cette pianiste suisse, originaire du Canton d’Uri, n’est pourtant pas une nouvelle venue. Elle compose et enregistre depuis un bon nombre d’années, explorant les voies d’un jeu intimiste où la précipitation est proscrite et les silences privilégiés. Le titre de ce double album indique sans ambages ce dont il s’agit. Le premier disque comporte huit pièces construites en trio. Gisela Horat est accompagnée par le contrebassiste Simon Iten et le batteur/percussionniste Samuel Büttiker. Cela fait plus de dix ans qu’ils jouent ensemble et leur complicité n’est plus à démontrer. Ils proposent des compositions où l’archet frôle plus qu’il n’appuie les cordes, où les baguettes caressent les peaux, où le piano prend soin de ne pas régner en maître. Une approche qui parfois évoque celle du trio australien The Necks. Sur le second disque, Gisela propose une grosse dizaine de compositions où elle officie seule. Elle privilégie des petites lignes mélodiques sur lesquelles viennent se greffer des motifs improvisés. « Ma musique émane de mon quotidien » commente-t-elle pour résumer sa démarche. Ici aussi, les silences sont favorisés, ponctuant parfois des phrases rythmiques hautement tonales ou des préparations acoustiques opérées sur son piano. On pense parfois à Morton Feldman, parfois à Giacinto Scelsi. La pièce « Leben », basée sur un thème improvisé initié il y a plus de vingt ans, est déclinée en plusieurs versions (deux en solo, une en trio) et apparaît comme une de ses marques de fabrique. Un album de tons, assurément.

Eric Therer