Monty Alexander : A Jamarican In Paris

Monty Alexander : A Jamarican In Paris

PeeWee !

Il y a des musiciens qui ne vieillissent pas mais qui n’en finissent pas de mûrir. À 82 ans, Monty Alexander garde intacte cette joie de jouer qui fait de son piano une invitation au voyage. Avec « A Jamarican in Paris » (notez le jeu de mots), le pianiste jamaïcain nous emmène là où le jazz et la « musique classique américaine » enlacent le reggae, le calypso ou encore le ska.

Monty Alexander se souvient. Sans nostalgie ni amertume. La joie a toujours été le moteur de ce musicien qui se laisse porter par le (son) destin. En trois jours d’enregistrement à Paris, sans réelle préméditation, le pianiste relit, rejoue, réinvente les airs qui l’ont accompagné tout au long de son parcours. Pour cela, il a réuni autour de lui le contrebassiste Luke Sellick, le batteur Jason Brown et le percussionniste Thomas Jr.. La complicité est évidente.

De « Marcus Garvey » (dans lequel vient s’immiscer malicieusement « So What ») à « Skamento », en passant par « Come Fly With Me » ou le magnifique « What’s Going On » de Marvin Gaye, Alexander fait chanter les mélodies et danser les rythmes. Son piano caresse, rebondit, raconte des histoires et s’amuse à inclure maintes citations (ne serait-ce pas une pointe de « Suicide Is Painless », tiré de M.A.S.H, dans « Look Up », ou un parfum de « Take the “A” Train » qui flotte dans « You Make Me Feel Brand New » ?). Mais rien n’est jamais forcé, rien n’est démonstratif chez Monty, l’élégance est naturelle, le swing généreux et sa manière de faire entrer le soleil entre les notes est unique. Il revisite avec bonheur et intelligence Miles et Joaquín Rodrigo dans le bien renommé « Sketches of Aranjuez ». Il rend hommage à Ahmad Jamal dans « Yellow Bird »…

On se laisse porter par cette musique chaleureuse, nourrie de racines et de rencontres.

Monty Alexander appartient à cette belle famille des « passeurs », de ceux qui nous rappellent que le jazz est avant tout une affaire de partage. Au fond, le bonheur tient parfois à peu de choses et ce magnifique album en est l’une des preuves. Du jazz, un peu de Kingston, un parfum de Paris et beaucoup d’humanité.

Jacques Prouvost