Matthew Wright : Cracked Glaze
Dans le domaine de la céramique, le terme « cracked glaze » se réfère à un émail craquelé qui présente de petites fissures résultant du processus de cuisson. Justifiant le choix de son titre de sa nouvelle composition, Matthew Wright utilise cette comparaison, expliquant qu’il s’est « intéressé à la façon dont les éléments d’une notation musicale, de l’improvisation et de la technologique entraient en collision et se fragmentaient entre eux pour produire des résultats catalytiques ». « Cracked Glaze » se profile comme une composition de longue haleine dont la durée avoisine les 46 minutes en un seul tenant. Wright en a écrit le canevas sur une commande de l’Ensemble Klang, un sextet établi aux Pays-Bas comportant des cuivres, une guitare, des claviers et des percussions/batterie. Pour l’occasion, il a également convié la vocaliste suédoise Sofia Jernberg ainsi que sa propre formation Spheric Totemic au sein de laquelle on retrouve le pianiste Alexander Hawkins, le batteur Stephen Davis, le bassiste Neil Charles et la violoniste Mandhira de Saram. Si on totalise la somme des différents individus à l’œuvre, on a affaire à un véritable orchestre de chambre. Wright indique qu’il a échafaudé « Cracked Glaze » autour d’une colonne vertébrale d’une longue gamme descendante, chaque note durant cinq secondes, qui se déploie sur 19 minutes. Au-delà des durées, ce qui retient l’attention, c’est la façon dont la pièce chemine en incorporant sur son passage des petits motifs répétés, superposés et des parties improvisées où les rôles ont été assignés en différents duos et, dans une moindre mesure, en solos. Plus on avance, plus on est saisi par l’extraordinaire palette des sons qui nous sont donnés à entendre. Wright apparaît comme un conducteur invisible, manipulant là des platines, ici des samples et redessinant ailleurs les sons avant qu’ils ne disparaissent. Mention pour le beau travail d’édition réalisé par False Walls, un label opérant autrefois à Chicago, relancé et relocalisé en 2022 dans le sud de l’Angleterre, dont on suivra avec intérêt les prochaines productions dans nos pages.