Abdullah Ibrahim : Solotude

Abdullah Ibrahim : Solotude

Gearbox Records

Il y a plus de quatre-vingt années d’ici, alors âgé de six ans, Adolph Johannes Brand posait pour la première fois ses mains sur le clavier d’un piano. Depuis lors, il ne les a jamais retirées. Au crépuscule de sa vie, ce grand musicien (il est également saxophoniste) sud-africain n’a plus rien à prouver. Et peut-être est-il temps pour lui de regarder dans le rétroviseur de sa vie, lui qui n’a cessé de la mener à bâtons rompus entre scènes et studios sur plusieurs continents. D’où ce titre sous la forme d’un jeu de mots qui résume l’état des lieux qu’il dresse aujourd’hui et que renforce le sous titre « My Journey, My Vision ». Sa conversion à l’islam à la fin des années 60, après un exil de plusieurs années en Europe, n’a jamais réfréné sa curiosité artistique, pas plus qu’elle n’a hypothéqué la tolérance qui n’a cessé d’accompagner sa démarche. Ce « Solotude » le voit revenir à ses fondamentaux : le piano en solitaire. Une vingtaine de vignettes y sont alignées, dont certaines sont très courtes, avoisinant la minute. Elles se suivent en se lovant les unes dans les autres, comme si elles ne formaient qu’une seule et unique plage étendue. Son jeu se révèle d’une épatante limpidité, son doigté demeure intact, indemne des affres de l’âge, jamais grippé. L’enregistrement du disque a été réalisé sans fioriture, sans artefact. On y entend parfois ses exclamations, sa respiration et, en y tendant attentivement l’oreille, son souffle intérieur. Un testament avant l’heure mais un testament définitivement vivant.

Eric Therer