Adrien Moignard Quartet : Miroirs
Avec l’excellent « Mosaïque » de Gwen Cahue chroniqué récemment, l’album « Miroirs » d’Adrien Moignard confirme la vitalité d’un jazz manouche qui ne cesse de se renouveler sans pour autant renier son ancrage dans la tradition. C’est au sein d’un quartet à cordes — trois guitares et une contrebasse — que le guitariste français a enregistré cet album dont le répertoire gipsy se nourrit de standards et de compositions originales. On y découvre notamment une très belle version de « Miroirs », une composition de Babik Reinhardt traversée par un lyrisme à fleur de peau dans l’esprit du fameux « Nuages » de Django Reinhardt. Parmi les standards figurent l’intrépide « Yardbird Suite » de Charlie Parker, la ballade « Night and Day » de Cole Porter ainsi qu’un « Dream of You » débordant de swing, autrefois joué par l’orchestre de Jimmie Lunceford et particulièrement cher à Django.
Mais le leader a aussi pioché dans un répertoire plus moderne en reprenant « Myna Bird Blues », un morceau de jeunesse de George Benson auquel le saxophoniste Baptiste Herbin apporte sa fougue en invité. Adrien Moignard transforme ce blues funky en une pièce manouche d’une grande fluidité qui, la mélodie mise à part, n’a plus grand-chose à voir avec les riffs groovy de l’organiste Lonnie Smith et le solo acide de saxophone baryton joué par Ronnie Cuber sur l’original. Plus étonnant encore est la reprise de « S’il suffisait d’aimer » de Jean-Jacques Goldman dont la mélodie se prête avec naturel à une relecture dans l’esprit de Django et de Biréli Lagrène. Enfin, on retiendra aussi « Rosa », du compositeur brésilien Pixinguinha, qui prend des allures de valse gitane portée elle aussi par le saxophone virevoltant de Baptiste Herbin. Les compositions originales ne sont pas en reste avec le swinguant « Yalo Swing », « Tangogelo » aux couleurs argentines, dédié au guitariste Angelo Debarre, ou encore « Reste », une chanson co-écrite avec Anne Sila qui l’interprète en français. Passant de la guitare électrique à l’acoustique selon les titres, Adrien Moignard alterne avec élégance les sonorités et les climats de ce « Miroirs » qui mérite sa place parmi les meilleurs albums récents du genre.
