
Alexander Hawkins : Song Unconditional
L’auditeur non averti qui écoute Alexander Hawkins pour la première fois pourrait éprouver un sentiment biaisé envers sa musique tant elle ne s’appréhende guère aisément. De toute évidence, Hawkins aime l’abstraction. Ce n’est pas un hasard s’il voue une admiration à Cecil Taylor mais aussi à György Ligeti. Hawkins a étudié le piano dès l’âge de dix ans et, poussé par un père mélomane, il s’est intéressé autant à la musique classique qu’au jazz, de sorte qu’il n’a jamais opéré de scission entre les deux. Ces deux sources ont profondément inspiré sa démarche et son jeu. Et peut-être doit-il autant à Bach qu’à Monk. « Song Unconditional » est un album pour piano solo. Ce n’est pas son premier (on notera « Iron Into Wind » sorti en 2019, également sur Intakt). Il aligne treize compositions, toutes écrites par ses soins, qu’il qualifie de « modulaires » au sens où il peut les retravailler quand il les exécute tandis qu’elles ne sont pas encloses dans une durée ou un tempo assignés. Pour autant, Hawkins se plait à les intituler comme des chansons : « Polyphonic Song », « Song of Infinite Variations », « Song Bewildered », « Song Symmetrical », « Song of Balance »… C’est que pour chacune d’elles, il explore un terrain d’exercice différent : la polyphonie, l’antiphonie, le contrepoint, les contrastes dynamiques, les timbres… Il faut s’y reprendre à plusieurs écoutes pour saisir les nuances d’un jeu dense, fouillé, d’une grande dextérité, mais également d’une complexité patente. Il n’y a ici rien de gratuit, rien de conditionnel.