And also the trees : The devil’s door
Puis-je en préambule vous parler un peu de moi ? Non, bien sûr ! Mais tant pis… 1979, je vais bientôt avoir quinze ans (à présent, vous connaissez mon âge…). A quinze ans, on n’a aucune idée de l’existence des cantates de Bach, on n’a jamais entendu un solo de Coltrane. D’abord, tout cela nous ennuierait profondément ! Mon truc à moi, c’est ce que les journalistes que je lis (Best, Rock & Folk, En Attendant…) en manque d’imagination et dans le besoin de coller des étiquettes, appellent tendrement le « post-punk ». Car oui, les modes se succèdent, paix aux punks déjà morts et vive la new-wave ou la cold-wave (puisqu’il faut écrire des noms sur les étiquettes). Ceux qui m’accompagnent dans mes délires adolescents ont pour nom Cure (« Seventeen Seconds »), Simple Minds (« Real to Real Cacophony ») et Joy Division (« Unknown Pleasures »). Vous ne vous y attendiez pas, n’est-ce pas ? Je ne renie rien, j’assume et mieux, j’écoute toujours cette musique en alternance avec mes albums de jazz. Cette musique en fait est triste, noire, captivante. Elle remue des choses en moi, ce qui me permet d’oser croire qu’elle a été faite pour MOI !
A la même époque, deux fratries se réunissent dans un petit village situé dans le Worcestershire, ceci dans le but de créer un groupe de rock. Il y a les frères Simon Huw Jones (chant, textes) et Justin Jones (guitares), puis les Havas qui disparaîtront plus ou moins tôt du paysage rock. Ces gars donnent à leur groupe le nom d’une strophe qui conclut le texte de l’une de leurs premières chansons : « And also the trees ». Ensuite, ils attendent patiemment que quelqu’un veuille bien s’intéresser à eux. Manifestement, les Jones et les Havas s’abreuvent à la même source musicale que moi puisque in fine, c’est Robert Smith (le chanteur de Cure) qui les délogera de l’indifférence générale en les invitant à participer à la tournée « Faith » en 1981 (un album que j’écoute encore au moins une fois chaque année). And also the trees n’a pas la réputation d’un groupe qui travaille rapidement… Ils peaufinent, ils peaufinent… et ils finissent par publier leur premier album (éponyme) en 1984. Un album produit par Lol Tolhurst… le batteur de Cure. Tout s’y trouve déjà : une attitude, une tension dramatique quasi théâtrale, un son (ah, cette guitare électrique jouée comme s’il s’agissait d’une mandoline !), des mélodies imparables. Appelez cela « des clichés », moi je vous parlerai d’âme. « Trop british pour un groupe anglais » (dixit le DJ légendaire John Peel), And also the trees obtient le statut de groupe-culte sur le continent et un maigre succès sur ses terres. Quarante-deux ans plus tard, le groupe existe toujours, la signature est intacte. Certes, le quatuor (toujours emmené par les frères Jones) a connu des crises existentielles, il a été versé un moment dans le panier gothique (avec Dead Can Dance, Sisters of Mercy…) et certes, (seulement) dix-sept albums studio sur tout ce lapse de temps, c’est pas beaucoup. Et puis ce temps, il s’écoule, on pense à autre chose, jusqu’à ce concert à Bozar en avril 2023, quand Simon Huw Jones rejoint sur scène Catherine Graindorge (présente sur ce « The devils door ») en ouverture des Nuits Botanique, puis jusqu’à ce que ce nouvel album de And also the trees nous arrive en cette fin de mois de février.
Vous voulez que je vous dise ? (oui, bien sûr !)… Je ferme les yeux, j’écoute pour la cinquième fois d’affilée ce disque et je retombe en adolescence. Le miracle ! Et je me dis que c’est sacrément beau, et que dans « sacrément », il y a « sacré » !
And also the trees en concert à l’église Notre Dame d’Harscamp, à Namur, le mardi 17 mars.
