
Awè valêt… Coup de filet sur la musique traditionnelle wallonne
« Li tins, lès ôtes êt on pô d’mi » chantait Guy Cabay. Venez pas me dire que vous connaissez pas : un fan français en a provoqué un effet boomerang récemment.

© collection Julien Maréchal
Lors de la sortie de l’album, la vague de renouveau folk retombait doucement, menée, au départ, par Julos Beaucarne pour ne citer que le plus médiatisé. Pour les locaux, je veux parler du pays liégeois, on avait les Zûnants plankêts comprenant le facteur d’instruments anciens Remy Dubois, mais encore René Hausman, dessinateur de bandes dessinées, dans les Pêleteûs. A Bruxelles, Jofroi menait la danse, relayée sur les places publiques, dont de mémorables bals sur la place publique à Louvain-la Neuve. On peut tracer les bandes de « meneurs de vacarme » d’Arlon (Arel Clique) à Tournai (Jean-François Voulez-Vous des Pois). Et la frontière linguistique ondulait joyeusement hors limites avec Den Drueghen Heirinck, De Vlier, Rum etc… qui jouaient les passe-murailles (1).
Tôt ou tard, les initiatives de baptême se répètent ; entendons les plongeons dans le passé afin de renaître. Il n’est pas rare qu’autour de nous les groupes de musique ancienne, les chœurs de musique traditionnelle viennent faire l’affiche, que ce soit dans les salons d’époque ou dans les cercles culturels de quartier. Et les participants d’être unanimes : le chant, pour prendre le plus léger des instruments, fait le groupe.
Ailleurs dans ces pages (« Home sweet home »), il était question de faire sens. Le premier, fondamental, c’est celui-là : au chant, de servir de liant, de cimenter la cohésion sociale, outre de divertir l’espace d’un instant. Et peu importe les hybridations ou les emprunts brouillant joyeusement les cartes ; il faut croire que le répertoire tournoie comme volute au vent, pour recomposer subrepticement le profil d’origine jusqu’au coup de vent suivant (2). L’astuce, c’est que tout fout le camp, ma brave dame. Non, ne faisons pas chorus avec les déplorateurs orthodoxes ; il se fait que la mémoire n’est plus ce qu’elle était (air connu), et que ce n’est jamais qu’avec un sursaut de retard qu’on s’ébroue et part à la recherche des restes…
Alan Lomax, oui, ze Alan Lomax, prospecteur de terrain bien connu de ce côté-ci du sujet, a parcouru de nombreuses contrées, où, à la faveur d’hôtes un peu farouches ou intimidés, il installait son micro, branché sur le gros magnéto installé dans le coffre de la voiture, pour recueillir les témoignages chantés du passé. C’était il y a…oh, assez longtemps que pour qu’on lui en soit reconnaissant. D’autres ont enjoint le pas, tôt ou tard, et vous en aurez sûrement en mémoire. Il ne sera pas parvenu jusqu’ici, et pas grand’monde ne l’imitera autant.
Melchior. Oui, c’est le nom. Melchior, c’est ainsi qu’on a baptisé, au départ de l’IMEP, le répertoire de la tradition orale ancienne en Wallonie. (projet-melchior.be). Première heureuse surprise, une carte interactive. Cliquez, et vous progressez au fur et à mesure plus avant. Et apparaissent les chantres locaux. Cliquez et découvrez leur art. Oui, il existe une phonothèque à la clé ! Tout est prévu, dans la rubrique : les enregistrements, les interprètes, mais aussi, tour de micro vers les collecteurs. Hé oui, pas oubliés, et heureusement. Plus important, les retranscriptions musicales s’y trouvent aussi, en nombre, sous une présentation agréable, aérée (cf. Les carnets). Les sources sont nombreuses. Citons, entr’autres, la Sonuma ou les musées locaux et autres groupements culturels, dont le musée de la vie wallonne.
Il nous reste à prospecter…
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(1) Cf. par exemple : www.canardfolk.be
(2) Statistiquement parlant, la palme va à la chanson italienne, donc, cf par exemple le chapitre 1 de « Voix d’Italie » (Actes Sud + CD), dont la présentation des rôle et fonction du chant dans la musique traditionnelle me semble cristalliser l’esprit. Cité pour sa disponibilité, dont la présence à la Médiathèque nouvelle.