Béesau : Une fleur et des papillons
Out Of (The) Blue / La Belle Kaki
Rémy Béesau n’a pas connu un parcours aisé dans la musique. C’est le moins qu’on puisse écrire. Il y a d’abord eu l’attitude… disons que ce garçon était trop indocile pour s’intégrer naturellement dans l’apprentissage codé d’une matière, fût-elle artistique. Toujours tiraillé entre désir et académie, Béesau à longuement hésité entre la pratique de son instrument de prédilection (la trompette) et le domptage des machines pour MAO avec lesquelles il travaillait pour la scène rap. Troquée un moment pour un PC et du matériel de beatmaker, sa trompette reviendra au premier plan lorsqu’il découvre des samples de Roy Hargrove chez ses idoles du rap comme Dr. Dre. Depuis, mélanger hip-hop et jazz est devenu son jeu préféré. Sa signature. C’est aussi ce qui nous passionne chez lui. Enfin, pas tout le monde, car au sein du public jazz, Béesau a aussi ses détracteurs. Et je pense que c’est un tort… Malgré le succès qu’on lui connaît, notamment depuis qu’il a enregistré pour le prestigieux label Blue Note, Béesau reçoit des invitations dans des festivals de jazz, accompagnées d’une légère suspicion. Oui, il est venu au Mithra de Liège, mais c’est bien au Reflektor qu’on a pu l’entendre. Pas à la Cité Miroir, au Trocadéro, voire au Forum, où on a pu applaudir les « vrais » musiciens de jazz. Non pas que ça puisse dévaloriser la qualité de sa prestation ou l’intérêt de cette invitation, mais c’est néanmoins symbolique. Il l’aura bien cherché… et trouvé. Sans doute.
Toute cette mise en bouche a pour objectif d’inviter les amateurs de jazz à jeter une oreille attentive à la musique de Béesau. Sans tabou, sans a priori. Ce nouvel album vous en donne une belle opportunité. Il aborde en six titres le thème classique de l’amour (sa naissance, les doutes, le bonheur) de façon définitivement moderne et met en présence des machines, des grooves, des mélodies accrocheuses, avec la trompette d’un excellent musicien / compositeur / producteur. Osez !
