Benjamin Herman : The Tokyo Sessions

Benjamin Herman : The Tokyo Sessions

Roach Records

Benjamin Herman a une belle gueule, affichant un air à la fois décontracté et investi. Sur la photo noir et blanc prise dans une chambre d’un hôtel tokyote, on le découvre concentré sur son instrument, relisant ses partitions. Un micro traîne sur la table de chevet, comme s’il devait être prêt à enregistrer une idée qui jaillirait de nulle part. Le saxophoniste hollandais s’est rendu plusieurs fois au Japon, au point d’avoir développé une attirance pour ce pays résolument amoureux de la musique, mais aussi pour y tisser un réseau de musiciens sur lequel il a pu s’appuyer pour confectionner ce présent album. La concrétisation d’un projet de longue haleine qui avait débuté avant que ne survienne le covid qui en a suspendu son cours. Herman explique qu’il a voulu intégrer ses compositions jazz dans un moule rythmique plus contemporain. Pour ce faire, il s’est entouré du contrebassiste Thomas Pol et du batteur Jimmi Jo Hueting avec lesquels il avait déjà joué auparavant. En 2024 et en 2025, Herman est retourné à Tokyo, d’abord pour y composer et trouver un studio, ensuite pour y enregistrer avec des invités. Ainsi, ont été embarqués dans l’aventure l’excellent et aventureux guitariste Otomo Yoshihide (sa discographie est tentaculaire et multidirectionnelle), le saxophoniste ténor Tomoaki Baba, le trompettiste Shinpei Ruike. Ont également été de la partie deux musiciens pratiquant des instruments japonais traditionnels tels le shõ (orgue à bouche) et le shakuhachi (une flûte en bambou à cinq trous munie d’une embouchure libre). L’album est résolument contemporain, guidé par la langue puissante et flamboyante du sax de Benjamin Herman et par la rythmique implacable, quelquefois groovy, de Hueting, tout en étant habité par des atmosphères nippones indicibles qui ne ressortent pas pour autant d’une tradition supposée. Il suffit d’écouter les attaques subtiles de la guitare de Yoshihide pour s’en rendre compte. Mention spéciale pour l’époustouflant jeu de Ruike dont les sonorités pourraient parfois rappeler Jon Hassell, parfois Erik Truffaz. Un disque qui annonce le soleil à venir.

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Eric Therer