Brussels Jazz Orchestra & Naima Joris : Saudade

Brussels Jazz Orchestra & Naima Joris : Saudade

BJO Records

Ceux-là n’étaient pas nécessairement nés pour se rencontrer. D’un côté, le Brussels Jazz Orchestra, un big band de dix-sept âmes prêtes à jouer les pyromanes et, de l’autre, Naima Joris, un talent multiforme qui se réfugie volontiers dans les atmosphères ultra-intimistes. Ecoutez pour vous en convaincre son dernier album « Enjoy the Silence », enregistré avec une équipe restreinte composée de Vitja Pauwels aux guitares et de Koen Gisen pour la mise en sons. Mais… « Saudade », ce titre. Le style musical qui correspond parfaitement à la chanteuse qui nous offre ici, sur un plateau élargi, un chant grave, crooner, particulièrement touchant. Même si elle nous affirmait prendre des distances avec le résultat en indiquant qu’il s’agissait d’un projet monté sous la seule responsabilité de Frank Vaganée et du BJO (Naima ne peut s’empêcher d’être humble…), force est de constater qu’elle a effectué le « taf » à la perfection… Il est vrai que, dans le répertoire choisi, on ne déplore aucune faute de mauvais goût. Que dire du magnifique « Three Hours » de Nick Drake durant lequel l’orchestre et Naima se soutiennent et se relancent mutuellement ? Des choix cruels parfois. Il n’a pas été possible pour Naima de contourner le « Quand c’est ? » de Stromae, au moment où sa maman était justement en train de la quitter des suites d’un cancer. De même, Naima s’est prêtée de bonne grâce au jeu du « sommeil » (Barbara) alors qu’elle souffre de somniphobie… Trois autres chansons complètent la set-list : des œuvres qui se prêtent à une voix de crooner (« Some Other Time » de Bernstein et « Down Here Below » d’Abbey Lincoln) et (bien évidemment) un fado emprunté à Amália, « Gaivota ». Six titres pour trente-sept minutes gravées sur le laser (oui, il s’agit bien d’un album et non d’un EP…) et, honnêtement, six risques… Six paris que le BJO et Naima Joris ont parfaitement relevés ! A réécouter sans fin…

Yves Tassin