Cecil L. Recchia : Sings Django Reinhardt
Label Ouest – L’Autre Distribution
Le titre de cet album vous aura certainement intrigué, titillé. En effet, la musique jouée par le guitariste français, né en Belgique, était uniquement instrumentale et ici, il y a « Sings » ! Pour son quatrième album, la chanteuse française (diplômée en langue anglaise et littérature américaine à la Sorbonne – et ce n’est pas un détail !) s’est attaquée à un fameux défi : écrire des textes en anglais et les chanter sur des instrumentaux composés par Django. Mais des morceaux qu’elle a réinventés. Autre bravade : jouer cette musique sans la présence d’un guitariste ! Ni de cordes. Le projet de Cecil se focalisant sur la voix, le piano, la contrebasse, la trompette et la batterie. Treize titres du répertoire de Django, dont certains composés avec le violoniste Stéphane Grappelli et un inspiré par Claude Debussy, vont ainsi connaître une nouvelle vie, une nouvelle orientation, car il n’est plus question de rester figé dans le jazz manouche. Certains titres conservent cependant cette option fidèle au temps passé en se posant dans un jazz swinguant (« Swing 39 », « Féerie »), dans le be-bop. Des touches fidèles aux origines métissées de la chanteuse se font entendre au fil des plages, essentiellement au travers de grooves évoquant la New Orleans. Aussi le hard bop ! Par-dessus ces musiques, Cecil pose sa très belle voix jazzy au travers de textes qui nous parlent de paysages, du monde, des sentiments humains, d’écriture (le très beau texte de « Swing 39 »). A la lecture de ces écrits, le fait qu’elle soit diplômée en anglais est évident. Rarement de tels textes, si justes, si bien écrits et qui évitent les répétitions, sont à découvrir sur les livrets. Et pourtant, sur « Django’s Dream » elle a écrit « My words are simple, And I’m sure not a poet ». Modeste en plus. Mais lorsque l’on parvient à réunir littérature, jazz vocal et relecture du jazz manouche avec une telle exigence, on peut être plus que fier du résultat. Outre l’envie de lire de beaux textes, cet album est avant tout destiné à un public qui aura la curiosité de découvrir une nouvelle approche de la musique de Django, un public fidèle à un certain jazz classique et qui prendra du plaisir en l’accompagnant de claquements des doigts tout en tapant des pieds. Car ce jazz « remue bien » !
