Cecilie Strange : Beech

Cecilie Strange : Beech

April Records

Décidément, la nostalgie pose un drap récurrent sur l’œuvre de Cecilie Strange. Souvenez-vous, nous vous présentions cette jeune saxophoniste danoise il y a tout juste deux ans à l’occasion de « Beyond », un album généreux co-dédié aux Alice qui comptent (sa fille) ou qui ont compté (sa grand-mère) dans sa vie. Place à « Beech », le hêtre dont les Danois mangent les premières feuilles qui annoncent le retour du printemps et des jours plus illuminés. Le hêtre dont l’enracinement pousse aussi Cecilie à repenser aux endroits qui représentent les moments importants de son parcours : Odense où elle a passé son enfance, l’Islande qui a transformé sa perception des arts, l’île norvégienne de Skrova Fyr où elle s’est isolée un temps, New York où elle a étudié la musique (notamment avec Chris Potter) et enfin Copenhague où elle est dorénavant établie. Six lieux, six portraits, six magnifiques instrumentaux, parfois entrecoupés par la voix aérienne de Josefine Cronholm (déjà présente sur l’album précédent). Autour d’elle, on retrouve toujours les mêmes fidèles musiciens, présents depuis les débuts discographiques de la saxophoniste : Jakob Høyer à la batterie, Thommy Andersson à la contrebasse et Peter Rosendal au piano. Musicalement, Cecilie Strange apporte beaucoup d’importance aux silences et aux atmosphères éthérées. Tout fonctionne par touches émotives qui se superposent les unes aux autres, jusqu’à former un ensemble harmonique de toute beauté. Méditative, cinématique, contemplative… J’oserais établir ici une comparaison rare et précieuse : Mark Hollis et Talk Talk en fin de parcours… Un album qui comptera parmi les meilleurs de l’année !

Yves Tassin