Christian Pouget : MAELSTRÖM for improvisers
DVD – Films Utòpik, 114 minutes
Les termes improvisation et free-jazz sont souvent associés, parfois galvaudés. L’improvisation ne se résume pas au free-jazz tandis que le free-jazz n’est pas qu’improvisation. Pour autant, il existe une réalité historique entre ces pratiques musicales. Coltrane et Ayler y ont contribué de manière significative. Leur héritage demeure intact aujourd’hui. Mais c’est sans doute à Cage que l’on doit d’avoir révélé l’improvisation dans sa dimension holistique. Le propos de Christian Pouget (déjà réalisateur de deux films sur Joëlle Léandre) n’est pas d’opérer une classification de ces pratiques, encore moins d’en établir une anthologie. Au travers des fragments de portraits, il plante des jalons, esquisse des repères. Son film propose des rencontres avec vingt-deux musiciennes et musiciens multigénérationnels qui pratiquent l’improvisation et qui l’ont érigée en art. On y côtoie des noms connus, voire inévitables, tels ceux d’Evan Parker, Daunik Lazro, Joëlle Léandre, Mat Maneri, Satoko Fujii, Benat Achiary… et d’autres qui le sont moins.
La tromboniste Christiane Bopp décrit dans des termes très imagés le free-jazz : « une exclamation de liberté ; une nécessité esthétique de faire éclater les murs ; la parole qui circule ; la libre expression… » Le guitariste Joe Morris renvoie à l’historique afro-américaine, à la défiance, assénant : « notre musique est un acte subversif. » Pour sa part, la trompettiste Susana Santos Silva considère les choses sous un angle plus sociologique : « nous sommes en marge du système, en ce sens que notre musique est révolutionnaire car en dehors de l’industrie musicale. »
Evan Parker évoque l’influence de Coltrane en confessant que, sans lui, il n’aurait probablement jamais joué du sax soprano. Roberto Ottaviano convoque l’image du pêcheur partant affronter la mer tandis que la pianiste Betty Hovette révèle que c’est son corps tout entier qui est à l’œuvre quand elle joue. Ce que confirme la contrebassiste Silvia Bolognesi qui nous ramène à cette évidence : vivre, c’est improviser en permanence. Lazro met en garde en insistant sur le fait que le free-jazz n’est pas du jazz libre mais du jazz libéré. La plus belle figure est peut-être celle que trace Joëlle Léandre : « on est comme le funambule quand on improvise. C’est entre la vie et la mort », rappelant que les sons aussi ont une vie et une mort.
« MAELSTRÖM for improvisers » n’a pas de canevas précis et tourne comme un tourbillon impétueux. Un peu à la façon de la musique qu’il met en exergue. Sur près de deux heures, vous y verrez défiler des visages qui virent à l’orage comme celui d’Isabelle Duthoit tirant sur le bout de ses cordes vocales, vous entendrez des paroles emplies d’humanité, vous visiterez la manufacture sonore folle du plasticien Daniel Depoutot et vous entendrez, ou non, des sons inouïs.
