Craig Taborn – Tomeka Reid – Ches Smith : Dream Archives

Craig Taborn – Tomeka Reid – Ches Smith : Dream Archives

ECM / Outhere

Ce fut à la fois le concert final de la dernière édition de Jazz Brugge, mais également son point d’orgue. Craig Taborn investissait la large scène du Concertzaal avec Tomeka Reid et Ches Smith à ses côtés. Pendant près d’une heure, ils allaient parcourir ce « Dream Archives » qui n’était pas encore publié mais qui venait d’être mis sur la console de mixage quelques mois auparavant. On découvrait des compositions complexes, habilement agencées, aux cadences changeantes, truffées de sons sortis de l’inconnu. Et pourtant, à les voir jouer tous les trois sur scène, on percevait toute la vigueur d’un jeu collectif éprouvé dont on savait qu’il ne laisserait rien au hasard.

Il n’est guère utile de revenir sur le passé de Craig Taborn qui fait l’unanimité autour de lui pour le reconnaître comme l’un des meilleurs pianistes contemporains. Ses albums parus au cours de l’année écoulée avec Nels Cline et Marcus Gilmore (« Trio of Bloom ») et avec Elias Stemeseder et Christian Lilinger (« Umbra III ») ont retenu notre émerveillement. Celui-ci est l’aboutissement d’une collaboration initiée il y a plusieurs années. Le batteur/percussionniste Ches Smith, également vibraphoniste, est issu d’une génération plus jeune et, outre le jazz, gravite autour de la musique électronique. Tomeka Reid, violoncelliste et compositrice, s’est fait connaître en rejoignant le Art Ensemble of Chicago, une ville où elle a habité et enseigné. Elle a par ailleurs collaboré avec des légendes telles Anthony Braxton et Roscoe Mitchell, mais aussi avec des musiciens aventureux tels Mike Reed et Nicole Mitchell. « Dream Archives » comporte six compositions, toutes écrites par Taborn, à l’exception du très entraînant « When Kabuya Dances » que l’on doit à la pianiste Geri Allen (que Taborn cite volontiers comme influence) et « Mumbo Jumbo » signée par Paul Motian. C’est probablement sur la plage éponyme que le jeu se fait le plus ouvert, accueillant toutes les diversités de tons et de timbres. Sur la pièce finale qui lui succède, « Enchant », le trio atteint un paroxysme dans la recherche de nuances subtiles. Le vibraphone de Smith, discret, et les cordes doucement arquées de Reid magnifient un jeu très épars mais convaincant de Taborn. Des archives de rêve, for sure, mais vivantes et pas prêtes d’être empoussiérées de sitôt.

Eric Therer