Deux fois Ingrid

Deux fois Ingrid

Ingrid Laubrock
Purposing The Air
Pyroclastic Records
Blind Io
Pillars of Creation (Part 1)
Rat Records

Les quelques fois où nous avons fait mention du nom d’Ingrid Laubrock, c’était lorsqu’elle figurait aux côtés de son cercle d’acolytes : le batteur Tom Rainey, le contrebassiste Brandon Lopez ou encore la chanteuse Sara Serpa. Il y a deux ans, la parution de son album « Monochromes » la profilait comme une leader à part entière. Ces deux nouveaux disques la confortent à la fois comme compositrice et comme saxophoniste chevronnée. « Purposing The Air » est une œuvre ambitieuse : un double cd reprenant chacun, sur soixante minutes, trente miniatures. Chacune met en musique et en chant un extrait du poème « Mood Librarian – a poem in koan » de l’écrivaine nord-américaine Erica Hunt. Quelques mots. Une, deux phrases tout au plus. Un minimalisme à la fois proche et différent – dans sa forme – du haïku. Laubrock a convié quatre vocalistes : Fay Victor, Sara Serpa, Theo Bleckmann et Rachel Calloway. Chacune, chacun est accompagné par un musicien : Mariel Roberts (violoncelle), Matt Mitchell (piano), Ben Monder (guitare électrique) et Ari Streisfeld (violon). Laubrock explique qu’il lui est vite apparu que le saxophone n’avait pas sa place sur cet enregistrement. Elle n’y joue donc pas. Il lui aura fallu près de trois ans pour composer et assembler ces pièces en se retranchant à des endroits différents pour les coucher sur papier. Certaines s’avèrent très, parfois trop, brèves mais elles sont toutes uniques. « Purposing The Air » plaira, assurément, aux amateurs de poésie et des mots.

Avec Blind Io, Ingrid rejoint nos compatriotes Teun Verbruggen (batterie) (le disque est publié sur son label Rat Records) et Bram De Looze (piano) mais également la Japonaise Ikue Mori (électronique) pour une tournée de 2022 qui les a vus passer notamment par le Kc Nona de Malines et le Bijloke de Gand. Ici, elle reprend son rôle de saxophoniste aux côtés de ses comparses pour des improvisations libérées et sans cadre formel. « Pillars of Creation (Part 1) » documente la complicité qui est à l’œuvre entre les quatre protagonistes. Le jeu d’Ingrid y est pour beaucoup. Généreux et espiègle, il apporte à la fois une touche lyrique et une fraîcheur bienvenue.

Eric Therer