Dhoad, les gitans indiens à l’OPRL (Liège 13/02/26)

Mains jointes, grand sourire. Deux hommes entrent et nous saluent. Le jeune aux cheveux longs verse un liquide sur le centre du tabla, cet instrument indien constitué de 2 tambours : un aigu, le plus petit, et l’autre plus grave. Le talon de la main gauche roule et appuie pour produire sur le plus grave un son marin, comme lorsque, petite, je mettais la tête sous l’eau dans la baignoire pour écouter les sons, qui me parvenaient déformés. Je plonge avec eux dans ce dialogue à 4 mains.
Un ancien enturbanné vient s’asseoir devant l’harmonium. Il ouvre la bouche sur un AAA qui se transforme en OOO dans son immense expiration, prolongée par la réverbération. De la main gauche, il manipule ce qui paraît être le soufflet de l’harmonium.
Puis, le jeune aux cheveux longs joue des kartals (castagnettes). C’est plus que rythme : c’est danse, c’est chorégraphie. Il accélère d’un seul lancer de bras et le public conquis bat des mains en rythme. Il a un charme fou.
Les gitans seraient venus de l’Inde vers l’Espagne via le Pakistan et l’Iran, nous explique Rahis Bharti, le directeur du groupe, qui poursuit 7 générations de transmission orale familiale. Depuis 2002, il invite des musiciens du Rajasthan (le pays des Maharadjahs, ces rois hindous du passé). Il nous apprend que leur musique traditionnelle mêle les différentes spiritualités de leur histoire : hindouisme bhakti (oubli total de soi), soufisme (branche mystique de l’Islam), jaïnisme. Le jeune homme aux cheveux longs porte le même sourire, les mêmes inclinaisons de la tête, les mêmes gestes que Rahis pour jouer du tabla. Je devine immédiatement que c’est son fils.

Ils sont maintenant 6 musiciens et chanteurs, dont un autre ancien, digne, au costume impeccablement ajusté et un joueur de tuba à moustache. Le leader du groupe fait participer le public enthousiaste à un chant à réponse.
Le cadre majestueux de l’OPRL est un écrin pour l’unique femme qui entre, voilée d’une étoffe de transparence et de lumière. Son épaule et son coude ne bougent pas. Seules ses mains couvertes de bracelets dansent. Elle stoppe les mains en soleil puis tourne sur son axe, comme les soufis, sans perdre l’équilibre. La danseuse mobilise dès lors toute mon attention par sa danse acrobatique. Coiffée par le tubiste à moustache d’une pile de jarres emboîtées, elle est capable de s’accroupir et de se relever puis de danser en remuant fesses et grelots, sans les renverser. Puis vêtue d’une autre tenue, elle grimpe sur des lames de sabre ou une planche à clous : je ne m’attendais pas à voir une femme fakir. Elle danse sans se tordre de douleur. Ensuite, elle se contorsionne et se renverse en arrière. Les hommes chantent, causent dans leur langue, mais on ne voit plus qu’elle : Sushila Kalbeliya.

Avec aussi Siraj Khan, chant, Afridi Bharti, tabla, kartal (castagnettes), Babu Khan, harmonium, chant, Insaf Ali, chant, dholak (percussion), Tanwar Lal, tuba.
Merci à Gilles Lemoine pour les photos
