Diego Barber & Theo Bleckmann : Scarlatti Sonatas

Diego Barber & Theo Bleckmann : Scarlatti Sonatas

Sunnyside / Xango

L’intersection entre musique baroque et jazz a déjà donné de beaux fruits. Les deux genres partagent des harmonies complexes, une ornementation riche et un goût pour l’improvisation, ce qui explique pourquoi les fondations baroques ont été facilement intégrées au jazz. Toutefois, ce sont surtout Bach et Vivaldi qui ont inspiré le plus les jazzmen dont certains, comme Keith Jarrett, Brad Mehldau, John Lewis avec le Modern Jazz Quartet et Jacques Loussier ont su en magnifier l’héritage. Moins sollicité, Scarlatti est pourtant l’auteur d’un répertoire qui ne comprend pas moins de 555 sonates pour clavier (principalement le clavecin). Si Enrico Pieranunz en avait joué des variations au piano, le guitariste Diego Barber, lui, a préféré revisiter l’œuvre en la transposant pour guitare.

Enregistré dans un studio niché dans un couvent gothique andalou du XIIIe siècle, ce projet reprend quatorze sonates qui couvrent quasiment toute la période d’activité du compositeur, depuis la précoce en « Ré mineur kk.1 » jusqu’à celle mélancolique en « Fa mineur kk.466 » composée durant les dernières années du compositeur. La musique souvent intimiste propose une belle variété de formules mélodiques, certains rythmes brisés et ritournelles irrésistibles évoquant parfois le répertoire populaire de la péninsule ibérique où Scarlatti résida pendant la dernière période de sa vie. Sur cinq morceaux, Diego Barber s’est associé au chanteur Theo Bleckmann qui a souvent été impliqué dans des projets à tendance classique (notamment des lieder de Schuman et Schubert en compagnie du pianiste Uri Caine). Entre complexité et séduction, voici un voyage qui entrelace ces deux aspects sans manière. Les versions de ces sonates paraissent fraîches et l’émotion est constamment présente, mettant bien en évidence, avec une transparence diaphane accentuée par la douceur des cordes, la personnalité trouble ainsi que la nostalgie du Napolitain qui était peut-être liée à son statut d’expatrié. On ne peut en tout cas rester insensible ni à l’engagement de Diego Barber ni à son interprétation personnelle de Domenico Scarlatti.

Pierre Dulieu