Elina Duni, Rob Luft : Reaching for the Moon
La chanteuse d’origine albanaise Elina Duni poursuit une discographie exemplaire chez ECM. « Reaching for the Moon » est son sixième album sur le label munichois et son troisième avec le guitariste britannique Rob Luft. Mais cette fois, l’enregistrement a été réalisé en duo, avec pour conséquence un climat plus calme, plus intimiste. Les ambiances nocturnes constituent un thème récurrent dans les paroles et ce n’est pas un hasard si le titre du disque est celui d’une chanson écrite en 1930 par Irving Berlin : « Reaching for the Moon ». Après les cinq minutes de silence imposées par le producteur Manfred Eicher, les notes étirées de la guitare installent une ambiance mélancolique qui assombrit davantage le chant nostalgique de la chanteuse en donnant une impression de solitude. Il est encore question de lune et de solitude dans « Cammina Cammina » de Pino Daniele, chanté en italien par Elina avec des intonations qui mettent en relief l’essence de ce texte admirable : sous la lune comme témoin, un vieil homme se retire dans le silence, seul dans un monde où les connexions humaines se sont altérées. Dans « Les Berceaux », un poème de Sully Prudhomme mis en musique par Gabriel Fauré, les vaisseaux des marins aventureux qui partent en mer sont corrélés aux berceaux dans lesquels les mères en pleurs bercent des enfants qui ne connaîtront peut-être jamais leur père. Le jeu de Rob Luft traduit avec sobriété l’aspect dramatique de cette splendide mélodie fauréenne.
Mais le répertoire ne comprend pas que des reprises : le duo a écrit trois chansons originales entre jazz et folk, toujours dans des styles éthérés avec un accompagnement de guitare qui évoque aussi bien des influences de Bill Frisell que de Nick Drake. On épinglera encore « Leili Lullaby », composé par la chanteuse perse Mahsa Vadat, pour lequel des percussions envoûtantes ont été ajoutées, renforçant le côté oriental de la musique. Enfin, le disque se clôture sur une version magnifique du standard d’Ornette Coleman : « Lonely Woman » mis en paroles par Margo Guryan. Une chanson qui résume bien les thèmes majeurs abordés dans cet album : « Seule dans la nuit, elle erre. A qui raconter son chagrin ? Ceux qui écoutent sont indifférents. Ils ne partagent pas sa peine. C’est une femme solitaire sans personne à qui se confier. »
