Emler, Tchamitchian & Echampard : There Is Another Way

Emler, Tchamitchian & Echampard : There Is Another Way

La Buissonne

Fondateur de l’excitant Mega Octet qui nous a valu – et nous vaut encore – d’entendre, de voir et de participer à de belles aventures musicales aussi bien écrites qu’improvisées, mêlant brillamment jazz, rock, chanson ou musique contemporaine, le pianiste Andy Emler s’est aussi illustré admirablement à la tête d’autres formations (Quintet, Octuor, duo et bien entendu en solo). C’est avec ses fidèles complices qui forment ETE (Emler, Tchamitchan, Echampard) que nous le retrouvons pour un troisième album du trio (si je compte bien). Ces trois-là, c’est un peu le « noyau dur ». Et cela se ressent dans ce « There Is Another Way » où la cohésion est totale. Ici, tout est resserré, complice, condensé. Le groove et l’énergie, autant que les respirations ou les moments d’accalmie, expriment l’urgence. « There Is Another Way » semble d’abord dresser un constat, puis établir un état des lieux avant de nous suggérer quelques pistes de solutions. A la fois amer, soucieux et irrité, tout se joue pourtant dans la nuance, tantôt lyrique, tantôt brutale, mais toujours sincère. Le groove se frotte au swing avant de bifurquer vers un semblant de prog rock. Le trio se nourrit de l’atmosphère générale (« Enough » et sa progression irrésistible), nous prend à contre-pied (« Drums Habits Die Hard ») et, en guise de conclusion, nous laisse réfléchir (« Mess Around the Mood »). Tout y est. Drumming tendu d’Eric Echampard, profondeur de la contrebasse de Claude Tchamitchan (et travail étourdissant à l’archet sur « Incipit », notamment) et, bien entendu, d’un bout à l’autre, une conduite clairvoyante avec une main aussi ferme que fluide d’Andy Emler.

Oui, il y a un autre chemin et ETE nous en propose quelques issues. A nous de les emprunter.

Jacques Prouvost