Festival Uhoda Jazz à Liège – retour sur une édition (encore) réussie

Il parait que « choisir, c’est renoncer ». En ce qui concerne un « rapporteur », celui qui vous relate ce qu’il a vécu (ou pas), « choisir », c’est aussi risquer de s’exposer à la furia populaire. Chaque année, j’observe les mêmes commentaires : « Quoi !? Tu n’es pas allé voir Machin !? » Ou bien souvent : « Truc, c’est pas vraiment du jazz… Pourquoi n’es-tu pas plutôt allé voir Machin ? »
Quand un festival dure quatre jours durant lesquels de nombreux artistes se croisent (sans compter les « Off »), j’adore être surpris. Avec le (grand) âge, cela peut s’avérer compliqué. Qui pourra encore vraiment me bouleverser ? M’étonner (en bien) ? Vous voulez que je vous dise ? C’est justement ce qui fait la force de ce festival, son attrait, son charme si particulier. D’année en année – je n’ai pas vécu les trente-cinq éditions, mais quand même quelques-unes – je me réveille le lundi qui suit la fin du festival avec des souvenirs forts. Des découvertes inattendues aussi. C’est bien souvent à Liège que j’assiste à mon « concert de l’année ». Vous citer quelques exemples sera plus parlant. Alors, dans un ordre plus ou moins chronologique : E.S.T., Melanie Debiasio (pas celui du Forum, celui du Palais des Congrès), Philip Glass Ensemble (avec la projection du film Koyaanisqatsi »), Lakecia Benjamin, Aka Moon, Roy Ayers, Marc Ribot (avec le Ceramic Orchestra), Kahil El’Zabar (pourtant insipide quelques mois plus tard à Bruxelles…), Binker and Moses, et j’en passe…

En 2026, on a assisté à un festival plus reconcentré sur le jazz. Car dans le passé, même si on a pu vivre de bons moments en compagnie d’une Camille ou d’un Dominique A, on avait aussi un peu l’impression de connaître un Festival à deux vitesses : on pouvait acheter un ticket pour aller voir Juliette Armanet (!) au Forum et y consacrer toute une soirée ou arpenter les salles de concert en concert, plus courts et plus intimistes. A priori et en ce qui me concerne, je préfère cette dernière solution. Je n’ai donc pas vu Avishai Cohen ni Ibrahim Maalouf. Choix judicieux, il me semble, tant aussi bien Rabih Abou-Khalil que les Irreversible Entanglements m’ont touché et impressionné, et ceci pour des raisons totalement différentes. Le Festival démarrait bien ! Vendredi, voulant être certain de ne pas louper Marc Ribot (qui plus est au Trocadéro), j’ai quitté prestement Joshua Redman afin de recevoir la claque que le bougon américain nous assène lors de chacun de ses passages à Liège. Ma journée était d’ores et déjà réussie. Après le calme (le Vice Versa de Bram De Looze), je pouvais sans trop de risque me prendre la tempête en pleine tronche. Ce que n’ont pas manqué de m’offrir Selah Sue et ses Gallands le samedi. Un projet auquel j’adhère définitivement tant je trouve que les deux entités sont faites pour se rencontrer. Quelle présence scénique ! Mention spéciale à Louise van den Heuvel, toujours aussi irréprochable à la basse, quel que soit le registre musical dans lequel elle est impliquée. Le dimanche est souvent plus « calme ». Cette dernière journée démarrait en fait un peu plus tôt avec un « off » qui valait le déplacement : Didier Laloy en configuration Dyad (avec Adrien Tyberghein) + quatuor à cordes. Tout cela dans la superbe salle du Conseil de la Province pleine à craquer. Plus tard dans la soirée, le Trocadéro (lui aussi sold out) accueillait le guitariste virtuose Julien Lage. Pas d’effet de manche, mais un set assuré en grand maître de l’instrument. Au moment où je dépliais mes genoux douloureux pour gagner une dernière fois le Reflektor, je ne pensais pas qu’il me restait une dernière cartouche pour assister au meilleur concert du festival (du moins en ce qui me concerne – relire supra). J’avais certes fort apprécié son album précédent, mais j’étais loin de me douter que la prestation scénique d’Anthony Joseph allait nous apporter un tel groove ! Me voici maintenant bien incapable d’affirmer qu’entre les concerts de Marc Ribot, Selah Sue and the Gallands et celui d’Anthony Joseph, l’un d’entre eux obtient ma préférence.
Ce qui démontre que cette trente-cinquième édition du Festival fut une réussite totale !
Merci à Dominique « Goldo » Houcmant pour les photos.
