Iva Bedlam : The Business of the Abyss
En littérature, la frontière a souvent évoqué l’endroit où l’imminence d’un désordre, les prémices d’un conflit, pouvaient survenir sans crier gare. Aujourd’hui, la frontière nous apparaît davantage comme un lieu sécuritaire, pour ne pas dire sanctuaire, où se mobilisent les forces censées nous défendre d’une invasion contingente. « The Border » se profile sous le couvert d’une atmosphère effectivement inquiétante où la voix narrative, itérative, d’Eugene S. Robinson (chanteur du groupe californien Oxbow) occupe, sur plusieurs longues minutes, le théâtre des opérations. De quoi est-il vraiment question au juste ? De la nuit qui succède au jour qui succède à la nuit, de serpents, d’un horizon sans fin… ? Pour énigmatique qu’il soit, le texte de ce morceau porte en lui le titre de ce nouvel album d’Iva Bedlam. Iva Bedlam, on le rappelle, est l’un des paravents sous lequel Phil Maggi change de temps à autre sa physionomie, retournant à des influences hip hop remaniées, jouant et se jouant de climats claustrophobes, phobiques, fantasmagoriques. Prima facie, « Garden of Ansager » pourrait renvoyer à l’image immaculée d’un jardin bucolique quelque part au Jutland. Il n’en est rien, plus on progresse dans son écoute, plus on en saisit le dénouement tragique que renforce l’intervention de la vocaliste Emma Wahlgren : l’appel à un cessez-le-feu qui ne vient pas. « Be Kissed » commande une thématique davantage encline à la romance, mais celle-ci demeure enfouie, fantomatique, en suspens. Le disque se clôt sur une reprise inattendue, dépouillée et minimaliste d’un morceau de Depeche Mode : « Condemnation ». Mention particulière pour la qualité du son et du mixage dont la paternité en revient à Alain Steffler (Le Prince Harry). Bémol pour la gravure indigente du cd qui tient plus du CDr que d’un CD véritable.
NB : Phil Maggi en concert à L’An Vert (Liège), le samedi 28 mars
