IWD #4 Lucille Moussalli (Trumpet) (Citizen Jazz, France)

IWD #4 Lucille Moussalli (Trumpet) (Citizen Jazz, France)

Portrait d’une jeune trompettiste et violoniste en pleine éclosion artistique.

Née en Vendée dans une famille où la musique et les instruments ont toujours eu de l’importance, Lucille Moussalli s’est d’abord tournée vers le violon. Un apprentissage à l’école de musique entre ses 6 et 14 ans doublé par une classe de trompette à partir de ses 9 ans. Puis elle entre au lycée à Nantes en section théâtre, musique et danse, termine son cursus et entre à Paris au Conservatoire, en 2023.

Elle a toujours été entourée de musique : « Mon grand-père maternel a joué (et joue toujours) un rôle important dans mon apprentissage musical, il me jouait plein d’instruments de musique quand j’avais juste quelques mois, et c’est lui qui m’a appris les premiers rudiments du violon. »

« Je mesure le privilège que j’ai de vivre dans une grande ville animée par tant d’activités culturelles. »

Vous avez été formée à Nantes, que pensez-vous de cette scène jazz ?

Lucille Moussalli : Chaque ville est un écosystème par les individus qui la composent. Depuis mon arrivée à Paris, je me sens épanouie, j’ai la chance d’avoir rencontré les personnes avec lesquelles je joue aujourd’hui, et je mesure le privilège que j’ai de vivre dans une grande ville animée par tant d’activités culturelles. Nantes est particulière. Je me sens bien quand j’y retourne, c’est là que j’ai fait mes premières jams et c’est toujours agréable de retrouver les personnes avec lesquelles j’ai joué des standards. Il faut se renseigner sur les artistes et les lieux à Nantes et aller les voir.

Il faut venir les soutenir, car la région Pays de la Loire a subi des coupes budgétaires drastiques (73% en moins pour la culture, 74% en moins pour le sport et 90% en moins pour l’égalité femme-homme). C’est le fait d’une décision totalement irresponsable de la présidente de région Christelle Morançais pour le budget 2025. Et les Pays de la Loire vont subir 15 millions d’euros de coupes en plus dans le budget pour 2026.

Vous faites partie du collectif Mme Farceuse, pouvez-vous raconter comment et pourquoi ce collectif ? Quels sont ses projets en cours ?

L.M. : Ce collectif a été créé en juin 2022 quand j’étais encore à Nantes, avec mes ami·es Louise Chavanon et Eliot Broissand. On se produit en plusieurs formations (du trio au 5tet), ça nous laisse une certaine liberté dans l’écriture.

En ce moment, on prend notre temps, on n’est pas tous·tes basé·es dans les mêmes villes alors c’est plutôt compliqué d’organiser des concerts/répétitions.

Nous avons fait quelques concerts et on projette d’enregistrer un album et de tenter des tremplins pour pouvoir jouer un maximum !

Lucille Moussalli © DR Citizen Jazz

Comment décrire le quartet Vogelfrei ? Quelle y est votre place ?

L.M. : Vogelfrei est un quartet avec Loris Grillo, Anthony Jouravsky et Antonio Barcelona.

« Vogelfrei » est l’équivalent de « hors la loi » en français : une personne qui s’affranchit des lois, vit en marge des lois, je trouve que ça décrit bien notre musique.

Le groupe est mené par Loris, mais nous participons tous·tes à la direction artistique. Nous allons bientôt enregistrer un album avec ce groupe aussi.

Est-ce que le duo Preset est le plus improvisé de tous vos projets ? Quel en est le propos ?

L.M. : Oui, c’est le plus improvisé de tous mes projets, mais il ne l’est pas totalement. Avec Antonio Barcelona, nous travaillons des textures, techniques étendues et différentes densités en dehors de l’improvisation et ensuite nous improvisons avec ces outils sonores. Actuellement, nous recherchons comment ajouter l’électronique à nos performances afin d’y donner une nouvelle dimension et penchons de plus en plus vers un spectacle organisé en plusieurs parties. Notre propos est axé sur l’analyse des différents aspects du duo, comment deux entités communiquent, peuvent se confronter, s’imbriquer, se fuir…

Lucille Moussalli © DR Citizen Jazz

Vous venez de jouer avec Ailefroide et Ivresse – en compagnie de Fanny Ménégoz – un trio de vents avec batterie. Ce n’est pas votre seul groupe sans instrument harmonique, est-ce que c’est une question esthétique pour vous ?

L.M. : C’était un très beau moment ! Je n’avais jamais joué tout un programme dans cette formation et je me suis sentie très à l’aise, chacun·e occupait justement sa place. Et j’étais très reconnaissante de jouer les compositions de Fanny !

En effet, ce n’est pas le seul projet sans instrument harmonique dans lequel je joue.

J’aime le son de ces formations, il y a quelque chose de grave et sec qui m’attire.

D’autre part, je me suis découvert une certaine appétence pour le contrepoint créé par les voix des instruments monodiques (entre eux et avec la batterie) et en plus, l’absence d’instruments qui marquent l’harmonie permet à notre oreille d’être moins influencée quand on improvise dans un contexte tonal ou modal. On est par conséquent plus libre !

« Je ne fais pas de différence entre la trompette et le violon dans ma manière d’improviser. »

Est-ce que vous jouez toujours du violon sur scène et si oui quelles sont les différences de jeu, d’improvisation, de discours entre ces deux instruments ?

L.M. : Oui, j’ai plus précisément repris le violon sur scène, j’avais arrêté pendant quelques années. Mis à part les timbres qui sont différents quand on joue de la trompette et du violon de manière conventionnelle, je ne fais pas de différences entre les deux instruments dans ma manière d’improviser, je pense de la même manière. En revanche, le travail des sons avec des techniques étendues permet de créer une passerelle entre les sons que je produis.

Vogelfrei © DR Citizen Jazz

En général, les jeunes générations de musicien·nes qui sortent du conservatoire forment des bandes. Quelle est votre bande ?

L.M. : Mon groupe s’appelle Mouvances (et donne son nom au premier album). J’ai demandé à des personnes que j’admire beaucoup de jouer avec moi : Vladimir Sekula au piano, Tom Boizot à la contrebasse et Antonio Barcelona à la batterie. Parfois, on invite Lou Ferrand, une chanteuse qui a selon moi une conception de la musique très profonde et touchante.

Le projet #IWD est une initiative européenne pour donner de la visibilité aux musiciennes (Citizen Jazz le fait toute l’année, mais ce n’est pas le cas de tout le monde). Il faut encore et toujours insister. Quelle est votre position en tant que musicienne sur le sujet ?

L.M. : Je suis pour ce genre d’initiative, tant qu’elle ne détourne pas l’attention sur l’organisme qui met en valeur la musicienne. Car parfois ces démarches finissent en pur pink washing et c’est une mauvaise chose.

Il faut continuer d’insister pour inclure les femmes et minorités de genre, car ce n’est qu’avec des actions radicales que nous obtenons des résultats : une meilleure visibilité, plus de femmes et minorités de genre dans les orchestres/groupes etc.

« Evidemment, comme toute les musiciennes, je suis confrontée à des attitudes sexistes. »

La nouvelle génération semble bien plus sensible aux questions de genre, d’égalité, de représentation. Est-ce que vous êtes encore confrontée à des attitudes sexistes, discriminantes ou simplement déplacées ?

L.M. : Oui, la nouvelle génération est plus sensible à ces questions. Et évidemment, comme toutes, je suis confrontée à des attitudes sexistes. Certes, des progrès ont été faits, mais il y a toujours un climat hostile aux femmes. Le monde du jazz n’est pas une bulle exclue de notre société sexiste et patriarcale, et il reste un gros travail de fond à faire pour changer ça.

Où peut-on vous entendre (disque, site internet, concerts) ?

L.M. : Le premier album de Mouvances est sorti sur toutes les plateformes sur le label l’Autre Records (https://autresrecords.bandcamp.com/album/mouvances). Je publie parfois des enregistrements de concerts sur mon Soundcloud

Concernant mes prochaines dates, je les publie sur mon compte Instagram (@lucillemoussalli), je pense créer un site bientôt pour tout regrouper.

Une publication Citizen Jazz (France)

Propos recueillis par Matthieu Jouan (Citizen Jazz)
Cet article est publié simultanément dans les magazines européens suivants, à l’occasion de « Milestones », une opération de mise en avant de jeunes musiciennes de jazz : Citizen Jazz (Fr), JazzMania (Be), Jazz’Halo (Be), Jazz-Fun.de (De), Donos Kulturalny (Pl), In&Out Jazz (Es), London Jazz News (Gb) et Meloport (Uk).