Jordan White : Music for Imaginary Spaces
Le parcours de Jordan White (à ne pas confondre avec son homonyme américain rocker) est pour le moins nomadique. Originaire de la Nouvelle-Galles du Sud, il a déménagé à Melbourne, pour s’établir ensuite en Allemagne, à Leipzig puis à Weimar. Il réside actuellement à Cologne. Ce guitariste et compositeur mène de front plusieurs projets musicaux. Ce disque le réunit autour de six autres musiciennes et musiciens. Il est la matérialisation d’une idée qui lui tenait à cœur, celle de confronter la musique à l’espace, partant du postulat que la musique ne peut pleinement exister seulement dans un espace particulier. Ou, pour le dire en d’autres mots et sous forme interrogative : comment l’espace sonne-t-il ? Pour tenter d’apporter une réponse à cette quête existentielle, White est armé de sa guitare électrique dont il égrène, étire les notes, en programme et reprogramme les sons au cours d’un procédé qui lui est propre. Il recourt également à SuperCollider, un langage de programmation audio qui est aussi un environnement logiciel libre dédié à la synthèse sonore en temps réel et à la composition algorithmique. Pour autant, il ne s’agit pas d’un exercice abstrait ou abscons. Certes, les morceaux – une grosse dizaine au total – sont chacun lestés de réverbération et de résonance, mais la présence soutenue des cuivres (deux trombones, un cor et, accessoirement, un saxophone) apporte une contrebalance douce et tempérée. C’est peut-être sur « I’ve Been in Similar Places » – longue composition de plus d’une douzaine de minutes – que l’on ressent le mieux les nuances de ce formidable travail de spatialisation. Pour le paraphraser, on pourrait reprendre la formule de Perec qui disait, à l’endroit de son livre « Espèces d’espaces », que « L’espace est un doute » qu’il faut sans cesse marquer et désigner et dont il faut faire la conquête.
