José van Dam (25 août 1940 – 17 février 2026)

José van Dam (25 août 1940 – 17 février 2026)

José van Dam & Barbara Hendrickx © Guywets

« Attirer l’attention sur ce qui est beau »

Le chanteur baryton bruxellois s’est éteint il y a quelques jours à l’âge de 85 ans. Il y a un peu moins de quinze ans, en marge d’un concert exceptionnel sur la musique de Carlos Gardel à Flagey, il accordait à Jean-Pierre Goffin une interview à propos de cette formule inédite tango / jazz. En voici le contenu.

« Ce qui est différent aujourd’hui, c’est que j’ai la chance de choisir. Je fais ce qui me plait, comme le tango. »

José van Dam, vous avez quitté la scène il y a bientôt deux ans : vous relevez aujourd’hui de nouveaux challenges ?

José van Dam : J’ai quitté La Monnaie, mais je fais toujours de la scène, j’ai un contrat à Barcelone bientôt, puis « La Flûte Enchantée » en 2013. Mais l’opéra demande beaucoup de temps, cinq à six semaines de répétition, c’est lourd et les conditions de travail avec les jeunes metteurs en scène sont parfois difficiles à causes d’exigences parfois loufoques… J’aurai aussi une production avec Simon Rattle notamment à Baden Baden, ou encore en oratorio « La Damnation de Faust » à Munich…. Ce qui est différent aujourd’hui, c’est que j’ai la chance de choisir, je fais ce qui me plait, comme le tango.

Vous êtes le parrain de cette semaine bruxelloise autour du son : primordial pour un chanteur.

J.V.D. : Oui, dans notre travail, nous sommes censés produire de beaux sons, nous sommes aujourd’hui entourés de trop de sons négatifs, comme ici à l’hôtel avec ces travaux et les marteaux-piqueurs. C’est important que cette « Semaine du Son » attire l’attention sur ce qui est beau.

Comment est né ce projet autour de la musique de Carlos Gardel ?

J.V.D. : C’est Jean-Philippe Collard-Neven qui m’a abordé. Je suis un grand admirateur du tango dont Carlos Gardel est un maître. Dans le tango, il y a Gardel et Piazzolla, dont on parle plus parce qu’il est plus contemporain, mais ce sont deux tangos différents, Gardel, par exemple, n’a pas ou peu utilisé le bandonéon. Mais le tango comme le jazz sont des musiques classiques aujourd’hui, dans des genres différents certes, mais classiques. Notre projet est un peu une épuration du tango, en le jazzifiant avec l’apport de la contrebasse de Jean-Louis Rassinfosse, en lui rendant ses lettres de noblesse alors que le tango est encore considéré comme une musique ringarde.

Et cette musique particulièrement chaleureuse colle bien à votre définition de la voix : « le miroir de l’âme ».

J.V.D. : Oui, mon genre de voix et mon caractère me rapprochent plus du caractère méditerranéen que du nord.

Gardel est peu connu chez nous ; pourriez-vous définir sa musique ?

J.V.D. : C’est de la musique typiquement sud-américaine comme la samba ou les danses du Brésil et d’Argentine, très chaleureuse, mais aussi nostalgique, ce qui me plait beaucoup. C’est vrai qu’il est moins écouté que Piazzolla, sans doute parce qu’il date du début du XXe siècle ; de nos jours, tout est vite considéré comme vieux et dépassé… Je vous raconte une anecdote : à Lyon, j’ai voulu acheter un de mes CDs pour l’offrir à quelqu’un, je cherchais celui que j’ai fait avec Jean-Claude Casadesus, mais quand j’ai dit au vendeur qu’il était sorti il y deux ans, il m’a répondu « Oh ! Alors ça c’est vieux ! »

« Il faut être humble : on est peu de choses à côté de Brahms ou Beethoven… »

Deux jours après le concert à Flagey, vous donnez une « masterclass » : que souhaitez-vous faire passer d’essentiel aux jeunes artistes ?

J.V.D. : D’abord la passion ! Si on n’a pas la joie de chanter, vaut mieux faire autre chose. L’humilité ensuite par rapport à la musique qu’on interprète : on est peu de choses à côté de Brahms ou Beethoven… La patience aussi de choisir ses rôles ; un jour, on m’a dit : « si tu as peur d’un rôle, ne le chante pas, peut-être que ça viendra dans dix ans. » Enfin, mais c’est le cas pour tout le monde, bien se connaître pour prendre des responsabilités par rapport à soi-même.

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin en janvier 2012