Julien Marga Quartet : The Unspoken Land

Julien Marga Quartet : The Unspoken Land

Herbes Folles Records / InOuïe Distributio

« Cobalt », premier titre de cet album, évoque un jazz romantique typiquement européen. Le pianiste Geoffrey Fiorese, qui joue un rôle majeur dans ce morceau, rappelle par son phrasé Ivan Paduart, notamment par sa préférence pour une approche lyrique et impressionniste du jazz. Musicien d’origine française, Julien Marga aime les belles mélodies, les arrangements délicats et les ambiances sereines. Sur le teaser de l’album, on le voit interpréter le titre éponyme sur une prestigieuse guitare Sadowsky modèle « Jim Hall » dont il tire des notes étendues et liées à la manière « legato ». Il est relayé par le pianiste qui utilise des effets rendant ses notes flottantes, effilochées comme une brume matinale. L’ambiance du disque est globalement paisible et l’on peut passer sans s’en rendre compte d’un morceau à un autre, comme de « Unfolding As One » à « Le Rocher des Doms » qui s’enchaînent subtilement sans interruption.

Les sons familiers de la guitare et du piano sont parfois modulés par l’électronique de façon à sculpter le timbre et l’ambiance comme sur « Le Rocher des Doms ». La section rythmique assure le tempo avec discrétion et efficacité, veillant à ne pas bousculer le bel équilibre des compositions. Le contrebassiste s’insinue occasionnellement dans les échanges comme en témoigne son solo bien construit sur « Ghost Lover ». Il se dégage une aisance naturelle de cette musique chantante qui envoûte, et même quand le rythme s’accélère comme sur « Folk Song » (sur lequel on entend Julien Marga jouer du banjo), on se laisse glisser avec volupté dans le courant des notes qui va crescendo. Aérien, lyrique et d’une esthétique très travaillée, « The Unspoken Land » ouvre la porte sur un univers musical aussi émouvant qu’onirique.

Pierre Dulieu